[OUTSIDELAB] LE LUXE SELON NATURE



On rompt
une promesse

C’était, certes, une promesse faite à soi-même mais enfin : on s’était juré de ne pas parler de la loi Recherche durant tout un numéro. Raté pour au moins deux raisons.
La première est l’attente d’un dernier rebondissement. Une centaine de députés et sénateurs ont en effet déposé un recours contre le texte au Conseil constitutionnel. Attendons-donc le Palais Royal.
La deuxième est une démission symbolique. Celle d’un haut commis de l’Etat, comme on dit, Bernard Larrouturou, maintenant ex DGRI, qui a quitté précocement son poste et dont la lettre de démission en dit long sur la météo rue Descartes.
Keep calm & science hard,
Laurent de TheMetaNews



A partir d’ici 5 mn de lecture très qualifiée.


Nature en open est-elle un luxe ?

L’annonce des tarifs en « open access » des revues du groupe Nature met les chercheurs au pied du mur.




9500 euros, soit cinq de ces sacs


Une brique pour une publication ! L’annonce par le groupe Springer Nature de ses tarifs pour le gold open access, l’extensions d’un accord baptisé Projekt Deal signé avec l’Allemagne, occupe les esprits en cette fin d’année. En voici tout d’abord le détail : 

  •  9500 euros  c’est le prix pour publier un article, qui sera téléchargeable dès publication dans les 32 revues du groupe Nature à partir du 1er janvier. Les anciennes modalités de publi (abonnement et paywall) restent en vigueur.
  •  5000 euros   Le géant de l’édition a également annoncé une expérimentation concernant six revues (Nature Genetics, Nature Methods et Nature Physics, Nature Communications, Communications Biology et Communications Physics) à qui les auteurs pourront soumettre un manuscrit une seule fois pour les six. Une relecture fine (“guided review”) coûtera 2190 dollars et, en cas de publication en OA, il faudra ajouter jusqu’à 2600 euros.

Compliance au plan S. Les tenants de l’open access sont pris entre deux feux. Le géant de l’édition a enfin pris résolument le chemin de l’open, avec un an de retard par rapport au calendrier initial du PlanS. Mais pour les négociateurs français, l’annonce de Nature soulève une indignation, non encore publique.
Litanie de réactions. Le prix extrêmement élevé, voire « absurde », imposé par Nature fait débat. Il est deux fois plus cher que ses concurrents les plus onéreux pour un service équivalent (autour de 5000 euros) et risque de favoriser les équipes, les institutions ou les pays qui « ont les moyens ».
Et pourtant, ça ne se refuse pas. On pense à l’introduction de La vie de laboratoire de Bruno Latour : « Larry entre croquant une pomme. Il parcourt le dernier numéro de Nature ». Le prestige de l’éditeur est tellement ancré dans la communauté qu’on voit mal un chercheur bouder l’opportunité de publier, d’autant que l’open access a le grand mérite de rendre ses travaux plus visibles.
Une concurrence qui ne vient pas. Si Science et son éditeur l’AAAS n’ont pas encore fait connaître leurs intentions, on voit mal comment Springer pourra être concurrencé efficacement, même par la toute nouvelle plate forme européenne Open science europe qui vient de publier ses guidelines.


Une réaction ? Laissez-nous un message vocal

Des infos en peu de mots /////////// Ca nous touche particulièrement : le télescope d’Arecibo s’est effondré hier soir /////////// Faut-il rouvrir les universités dès début janvier au lieu du 20 janvier ? Tous les représentants du secteur (CPU, Udice, Snesup, CFDT et d’autres) pensent que oui //////////


Trois questions à… Julien Aubert
« On ne peut pas interdire ces sujets à des élus »


Si vous avez raté le début. La proposition des députés LR Julien Aubert et Damien Abad de créer une mission d’information sur « les dérives intellectuelles idéologiques dans les milieux universitaires » a soulevé de nombreuses critiques. Elle est en lien avec les précédentes déclarations de Jean-Michel Blanquer sur « l’islamo-gauchisme » à l’université.


Première question, la plus évidente : la commission d’information que vous appelez de vos vœux verra-t-elle le jour ?
Richard Ferrand [président de l’Assemblée nationale, NDLR] s’en est lavé les mains, il a transmis notre demande la commission des Affaires culturelles, dont je ne suis pas membre. Je doute du fait qu’ils accèderont à une demande qui vient de l’opposition. Quant à la raison d’être de cette commission, le sujet a déjà beaucoup fait parler de lui par la bande ou par tribunes interposées dans les médias, il aurait été intéressant d’éclairer la représentation nationale pour le caractériser. Pour l’instant, on ne veut pas prendre la température.

Les réactions ont été unanimes pour condamner la création de cette commission…
J’ai personnellement reçu nombre de mails de professeurs, y compris des Français installés à l’étranger ou des étudiants et il y a un décalage entre ces réactions et les témoignages que j’ai reçus. J’ai déjà présidé des missions d’information [sur les blockchains, notamment, NDLR] mais étant non spécialiste du monde universitaire — je suis magistrat à la Cour des comptes —, j’ai été surpris par ces réactions immédiates devant une “simple” mission d’information, certains ayant crié crié au « fascisme», au « MacCarthysme » ou pointant l’incompétence des députés.

Un amendement finalement rejeté a failli restreindre les libertés académiques aux « valeurs de la République », votre démarche ne va-t-elle pas occulter certaines thématiques de recherche ?
La lettre que j’ai signée n’a pas toujours été relayée correctement : son objet premier était la « cancel culture » ou l’ostracisation, l’importation de thèses américaines empêchant le débat dans certaines universités. Nous l’avons ensuite élargi à « l’islamogauchisme », qui n’est venu qu’après. Nous voulions analyser d’éventuels points de convergence. Ma démarche concernait au départ plutôt les étudiants que leurs professeurs. Une mission d’information par définition ne présente pas de risque, ce n’est pas un projet de loi. Mais la logique qui voudrait qu’on fasse des recherches sur la théorie du genre ou le néoféminisme et d’en faire la promotion auprès de ses étudiants, je la réprouve totalement. Ce sont deux sujets distincts : il faut un pluralisme académique pour que, par exemple, le catholicisme social dans les campagnes puisse être étudié tout comme le néoféminisme américain et que la culture de l’ostracisme n’empêche pas les débats.

Avec la mort de Samuel Paty, était-ce vraiment le bon moment pour mettre le sujet sur la table ?
Il est rare qu’on s’occupe de tels sujets en temps calme. Avec des raisonnements comme ça, on ne ferait jamais d’enquête sur le Covid ou sur les violences policières. Le sujet doit intéresser les acteurs pour être traités : je comprends que l’université soit bouleversée pour d’autres raisons, y compris à cause du manque de moyens. On m’a également signalé des mouvements identitaires. Mais on ne peut pas interdire à des élus de s’occuper de ces sujets, l’université n’appartient ni aux élèves, ni aux présidents, c’est un service public qui appartient aux Français. L’autonomie des universités n’est pas leur indépendance.


 Le Journal officiel au pas de charge  Dix établissements au sein de CY Cergy Paris Université s’associent dans la bien nommée « CY Alliance » //////// Les étudiants paramédicaux dont les études durent au moins trois ans pourront désormais voter dans les instances universitaires //////// L’Institut de France a reçu quatre donations, toutes dûment publiées (, , et ) //////// La chaise de direction de l’Institut de physique du globe est officiellement déclarée vacante //////// Il y a des places également vacantes aux conseils scientifiques de certains instituts du CNRS. Pour candidater, c’est par là //////// 


 Ils actualisent leur CV  Virginie Laval a été élue présidente de l’Université de Poitiers toute fin novembre  //////// On vous en parle un peu plus haut mais Bernard Larrouturou a démissionné de ses fonctions à la tête de la DGRI au ministère /////// Deux recteurs ont été nommés, Olivier Brandouy à l’académie de Reims, Carole Drucker-Godard à l’Académie de Limoges //////// Laurent Stencel a été nommé directeur de la communication de l’Inria ////////


Et pour finir


Un instant suspendu : cette chouette plane dans un nuage de bulles gonflées à l’hélium pour les besoins d’une étude scientifique sur le vol des rapaces nocturnes.