Des universitaires face à Bolloré

29.04.2026 • N° 589 • LA RECHERCHE ET SA POLITIQUE


Sans y laisser sa plume

Chaud devant. Le monde de l’édition est en ébullition. L’annonce du limogeage d’Olivier Nora, PDG des éditions Grasset depuis un quart de siècle, a poussé plus de 130 auteurs à claquer la porte de l’éditeur contrôlé par Vincent Bolloré.

Bouquet final. Avec une question épineuse : comment récupérer les droits sur leurs œuvres ? Leurs homologues universitaires édités chez Fayard — maison réputée pour ses ouvrages de sciences humaines et sociales — sont également confrontés à ce dilemme. 

Tous ensemble. Refusant d’être publiés aux côtés de personnalités d’extrême-droite, un collectif d’universitaires publiés chez Fayard appelle aujourd’hui à créer une clause de conscience, comme il en existe dans le journalisme.  

Entre les lignes. Spécialiste du livre et de l’édition, Jean-Yves Mollier est l’un des deux collègues à l’origine de cet appel. Il revient pour TMN sur la stratégie du groupe Bolloré pour imposer l’idéologie de son dirigeant en vue de la présidentielle 2027.

Bonne lecture,
— Noémie de TheMetaNews

Sommaire

→  INTERVIEW Jean-Yves Mollier et la stratégie Bolloré
→  REPÈRES Les publis en démocratie
→  EXPRESS Duplomb le retour et un manuel d’anti-autocratie
→  LA VIE DE L’ESR  Promotions internes et ouvertures de concours
→  EXPRESS  Votre revue de presse
ET POUR FINIR Attachez vos ceintures

TEMPS DE LECTURE : 6 ou 12 MINUTES

℗ Contenu réservé à nos abonné·es

INTERVIEW

« Le projet de Vincent Bolloré est une nouveauté absolue »

↳ Vous dénoncez la multiplication d’auteurs d’extrême droite et souverainistes depuis que la maison d’édition Fayard est passée sous le contrôle de Vincent Bolloré. Pourquoi ? 

Dès le mois de septembre 2025, je dénonçais ce que j’appelais alors une opération de « savonnette à vilain ». L’objectif : débarbouiller des hommes politiques d’extrême droite en utilisant la réputation de ce catalogue pour leur donner une propreté qu’ils n’ont pas (…)

REPÈRES

22%


Les pays considérés comme démocratiques n’ont produit que 22% des publications en 2024, contre 66% en 2006, selon une étude publiée Research Integrity and Peer Review. La grande majorité de la connaissance est donc maintenant produite dans des pays plus ou moins problématiques, notamment en termes de liberté de la presse, dont la Chine – nous vous en parlions – ou les États-Unis.

BRÈVES

Pendant ce temps-là dans la recherche


→ Duplomb dans la revue. Dans un court texte publié dans la revue Science, une vingtaine de chercheurs français du CNRS, d’Inrae, du Muséum national d’histoire naturelle et d’universités alertent sur les dangers de la loi Duplomb pour les pollinisateurs. Nous vous parlions il y a quelques semaines des débats qui ont entouré cette loi. Ils appellent directement les parlementaires français et européens à s’opposer avec force à la loi « Duplomb 2 » — dont la date d’examen n’est pas encore connue — et à la remplacer « par des mesures conformes au consensus scientifique » •

→ Infos en passant… L’Université de La Réunion a signé la charte Atypie-Friendly, dont l’ambition est de rendre l’enseignement supérieur inclusif pour les personnes avec un trouble du neurodéveloppement — relire notre interview de Bertrand Monthubert, coordinateur du projet Aspie Friendly pour l’inclusion des personnes autistes à l’université • Le ministre de l’ESR Philippe Baptiste a lancé le 21 avril dernier la stratégie « Choose France for Higher Education » visant à renforcer l’attractivité de la France en matière d’enseignement supérieur et de recherche • Vous pouvez maintenant accéder à la version française de The Anti-Autocracy Handbook, un manuel à destination des chercheurs et universitaires confrontés au recul de la démocratie pour défendre la liberté académique (entre autres) • Les candidatures pour le prix science ouverte des données de la recherche 2026 sont ouvertes jusqu’au 23 juin 

EXPRESS

C’est la vie de l’ESR


→ Au JO cette semaine. La répartition du nombre de promotions internes possibles par établissement public d’enseignement supérieur est fixée • Sept postes sont ouverts au concours pour le recrutement de chargés de recherche de classe normale à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) • D’autres pour le recrutement d’ingénieurs de recherche du ministère chargé de l’Agriculture sont également ouverts • Des emplois de maître de conférences et de professeurs des universités-praticien hospitalier des disciplines médicales, odontologiques et pharmaceutiques sont vacants ou susceptibles de l’être 

→ Et si c’était pour vous ? Les fonctions de directeur de l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Rouen seront vacantes à partir du 30 novembre 2026 •

EXPRESS

Votre revue de presse


→ Adieu express. Aux États-Unis, les 22 membres du Conseil national des sciences — organe consultatif qui conseille et supervise le principal organisme de financement de la recherche fondamentale du pays — ont été limogés sans explication, rapporte Scientific American. Un an après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, de plus en plus de chercheurs songent à quitter le pays du fait de leurs conditions de travail largement dégradées : Sud Ouest rencontre deux jeunes chercheurs français officiant aux USA. Nombreux sont ceux à envisager de s’installer au Canada, rapporte Radio Canada.

→ Course serrée. Des nouvelles études montrent la montée en puissance très rapide de la recherche chinoise ↯, notamment dans des domaines comme l’IA, rapporte Alternatives ÉconomiquesNous vous en parlions il y a peu. Malgré tout, le pays reste encore derrière les États-Unis en terme de diffusion à l’international.

→ Message in a bottle. Suite aux annonces d’économies de 20 millions d’euros sur le budget 2026 du CNRS, de nombreux chercheurs poussent un cri de détresse. Reporterre donne la parole à des chercheurs des laboratoires d’écologie. Pour France 3 Région – Centre Val de Loire, des directeurs de laboratoires s’inquiètent des conséquences à long terme. Raphaël Rodriguez et Gaëlle Legube, directeurs de recherche au CNRS, s’inquiètent du sous financement de la recherche sur France Inter.

→ Dans les urnes. En vue des élections de mi-mandat étatsuniennes de novembre, un nombre sans précédent de scientifiques américains font le choix de quitter leurs laboratoires pour présenter une candidature, rapporte Nature. Leurs motivations : les attaques du gouvernement Trump contre la recherche, la demande accrue d’énergie liée à l’IA ainsi que la volonté de contribuer à des solutions fondées sur la science.

→ Faits divers. La mort ou la disparition inexpliquée de plus de dix scientifiques étatsuniens liés à des recherches sensibles mobilise depuis quelques jours les réseaux sociaux et ont poussé le Congrès à ouvrir une enquête, explique France Info. « Une affaire sérieuse », selon Donald Trump. Les proches endeuillés regrettent pourtant des spéculations débridées, parfois proches des théories du complot, rapporte la BBC News Africa.

Liens menant à des articles derrière un paywall :

ATTACHEZ VOS CEINTURES

Et pour finir…


Un BlablaCar pour les complotistes ? Oui, ça existe.