Jean Castex passe, les inquiétudes restent

— Le 16 septembre 2020

Petit décryptage d’un object com
Le ballet millimétré du protocole ministériel à Saclay le 07 septembre dernier a-t-il laissé la place à l’écoute ? De jeunes chercheurs témoignent.

La recherche a connu sa séquence. Avec la visite de Jean Castex à Paris-Saclay (lire cette intéressante dépêche sur le sujet) ou l’allocution d’Emmanuel Macron devant la French tech avant-hier, le gouvernement continue le « service avant vente » de la loi Recherche dont les auditions continuent à l’Assemblée nationale.

Mise en scène d’une agora. Ce genre de déplacement ministériel suit toujours le même decorum. D’abord, la sélection d’un point de chute « signifiant » : ici Paris Saclay pour sa récente 14e place à Shanghai et le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement pour ses recherches dans l’air du temps (et peut-être ses locaux neufs). Puis d’un panel sensé livrer ses interrogations à la ministre. « Il n’y a pas vraiment eu d’échange. C’était plus des réponses à quelques questions sous forme de monologues », témoigne un chercheur présent. Un dispositif classique de communication.

Tenure et CDI de mission au menu. Ces deux mesures de la loi Recherche étant les plus contestées dans la communauté scientifique, il en a été évidemment beaucoup question le 07 septembre. Malgré le dispositif de sécurité, Frédérique Vidal a tout de même pris le temps en marge de l’évènement de venir discuter avec certains chercheurs qui avaient déployé une banderole.
Ecoutés mais pas entendus

Certains jeunes chercheurs du LSCE — qui ont participé au panel ministériel — nous ont livré leurs principales inquiétudes, elles se résument en un mot : précarité. « Au moins avec un CDD, on connaît la date de la fin de notre contrat; le CDI de mission, on ne sait pas quand il s’arrête », témoigne l’un d’eux. Quant aux tenure track, le fait qu’ils puissent favoriser en particulier la carrière des femmes les laisse sceptique : « L’argument semble complètement artificiel, ce genre de position très compétitive est plutôt donnée à des chercheurs hommes venant de l’étranger. » Aucun n’a parlé salaire.

Lire absolument cette missive écrite par la chercheuse Audrey Fortems-Cheiney à l’intention du cabinet de Frédérique Vidal. Elle résume à elle seule toute la complexité de la situation.

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