La vertu à portée de main

— Le 26 mars 2021

La vertu n’est pas un luxe, contrairement à ce téléphone.
Les rétractations : punition ou preuve d’intégrité ? On fait le bilan sur leurs occurrences et leurs causes.

L’ampleur des dégâts. La rétractation survient dans un cas sur 2 000, si l’on considère les 25 000 recensées par Retraction Watch, rapportés aux 50 millions de publications existantes. D’après l’Observatoire des Sciences et Techniques (voir la note en annexe de ce rapport), il s’agirait plutôt d’un sur 6 000.

Pas une semaine sans rétractations. Ce lundi, le blog Rédaction Médicale revenait sur le cas d’un plagiaire multirécidiviste qui fait maintenant partie des recordman français de la rétractation. Mais au-delà de cas particuliers souvent spectaculaires, beaucoup s’accordent à dire que le système est en cause, plus que les individus.

A l’insu du plein gré. La rétractation n’est en général pas une démarche volontaire. Si un quart provient d’erreurs involontaires (« honest errors »), une bonne moitié consiste en de la fraude ou du plagiat généralement dénoncé par un tiers. L’exemple de la prix Nobel Frances H. Arnold qui avait demandé la rétractation de « son » Science est un fait rare (et salué).

« La rétractation est perçue comme une punition, alors qu’elle devrait être vue comme une action vertueuse »
Hervé Maisonneuve, Rédaction Médicale

Champions du monde. L’Iran et la Chine trônent en tête du podium, la France se place dans la moyenne européenne (toujours d’après l’OST), avec 389 rétractations recensées sur Retraction Watch. L’emblématique affaire Olivier Voinnet imprègne toujours nos esprits, avec huit articles rétractés et plus de vingt corrections pour fabrication de données et quelques « erreurs honnêtes ».

Les fraudeurs, tous en bio ? Les nombreux scandales qui ont éclatés dans ces disciplines peuvent le laisser penser : de fait, les taux de rétractation y sont dix fois plus élevés qu’en informatique, toujours selon l’OST. Mais toutes les disciplines sont touchées, rappelait Michelle Bergadaà. Plus de rétractions ne signifie pas nécessairement plus de méconduites mais aussi plus de détection.

Prime à l’honnêteté. Malgré le mea culpa d’Olivier Voinnet, le malaise reste perceptible, en France comme ailleurs, lorsqu’on parle de rétracter un article. « La rétractation est perçue comme une punition, alors qu’elle devrait être vue comme une action vertueuse, notamment de la part des éditeurs », déclare Hervé Maisonneuve en faisant référence au « Lancet gate » de juin dernier.

L’idéal de vertu ?  En cas de rétractation, publier un second article corrigé est essentiel afin de ne pas laisser planer de doutes sur les conclusions de l’article rétracté.
Les rétractations, un indicateur d’intégrité ? 

Il y a un paradoxe : le nombre de rétractations reflète à la fois des manquements à l’intégrité mais peut aussi être le signe d’une surveillance accrue… et donc devenir un indicateur d’auto-régulation. Un rapport de juin dernier sur l’intégrité — produit par l’inspection générale de l’ESR — recommandait de « publier annuellement, en tant qu’indicateurs d’activité (et pas d’efficience), des données (…) sur les rétractations ». Cette mission serait confiée à l’Office français de l’intégrité scientifique (Ofis), qui vient de se choisir une nouvelle directrice. Affaire à suivre.

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