
10.04.2026 • N° 585 • LA RECHERCHE ET SA PRATIQUE
Le marathon de la rétractation
POV. Vous vous êtes certainement déjà retrouvé·e à devoir reviewer un papier mal écrit, difficilement compréhensible, bourré d’imprécisions voire carrément de fautes…
Bizutage. Peut-être que comme moi durant mon doctorat, vous avez pris votre mal en patience et avez conseillé de nombreuses modifications pour tenter d’améliorer le papier. Du moins la première fois.
Supermenteur. C’est aussi ce qu’a fait le physicien David Boilley. Mais à force de voir passer des flopées d’autres articles provenant des mêmes auteurs, il a mené l’enquête et conclu qu’il ne s’agissait pas de simples erreurs mais bien de malhonnêteté.
Vengeur pas masqué. Depuis plusieurs années, David Boilley bataille auprès d’éditeurs, parfois très frileux, pour que ces articles de mauvaise qualité voire frauduleux soient rétractés. Une bataille qu’il n’est pas le seul à mener mais c’est à lui que nous donnons la parole dans l’interview de la semaine.

Bonne lecture,
— Lucile de TheMetaNews
PS Une lectrice assidue nous a fait part de sa déception concernant l’invisibilisation, par l’emploi du masculin, des femmes ayant remporté les prix Dance your PhD, mentionnés dans notre Et pour finir de la semaine passée. C’est chose corrigée !
Sommaire
→ INTERVIEW David Boilley et le marathon de la rétractation
→ OUTIL Du soutien pour votre PGD
→ INFOS EN PASSANT Un manifeste antimilitariste et des docus scientifiques
→ CHIFFRE Des APC en baisse… vraiment ?
→ EXPRESS Votre revue de presse
→ ET POUR FINIR Dark side of the Moon
| TEMPS DE LECTURE : 5 ou 10 MINUTES |
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INTERVIEW
« Nous sommes collectivement tous complices »
Physicien à l’université de Caen Normandie, David Boilley traque depuis plusieurs années la piste d’une équipe indienne inondant la littérature scientifique de publications frauduleuses.

Dans l’ensemble, votre action a-t-elle été efficace selon vous ?
↳Elle a été utile car elle a stoppé le flux : leur nombre de publications et de citations dans ma discipline a énormément chuté, elle est aujourd’hui proche de zéro. Maintenant, il faut éponger, c’est-à-dire retirer les articles frauduleux. Le plus drôle a été de recevoir un mail d’un “journal prédateur” de maths qui nous a proposé de publier notre note au prétexte qu’elle entre parfaitement dans sa ligne éditoriale ! (…)
OUTIL
Du soutien pour votre PGD
Help! I need somebody. Vous aimeriez avoir de l’aide pour écrire votre plan de gestion de données mais vous ne savez pas à qui vous adressez ? Un nouveau répertoire recense les services pouvant vous accompagner au sein des établissements (plus de 130 sont répertoriés) avec à chaque fois le nom de la personne référente ainsi que son email.
EXPRESS
Pendant ce temps dans les labos
● Science sans conscience… Des physiciens des technologies quantiques s’élèvent contre l’utilisation de leurs recherches à des fins militaires dans un manifeste signé par près de 350 d’entre eux à l’international. « Face à une augmentation des budgets militaires, le risque est de perdre notre indépendance », souligne Raja Yehia, docteur de Sorbonne Université et actuellement postdoc en Espagne. Lui et ses cosignataires – dont aucun des grands pontes du domaine qui ont poliment décliné – souhaitent ouvrir le débat en proposant notamment un espace de discussion en ligne et l’établissement d’une base de données publique qui recenserait les projets financés par la défense. Le Monde en parle aussi ↯.
● Silence, ça tourne ! Participez à la prochaine édition du festival de films scientifiques Pariscience dont TheMetaNews est partenaire ! Auteur·ice d’un ouvrage de science qui pourrait inspirer un documentaire ? Venez rencontrer des réalisateurs durant le salon des idées scientifiques qui aura lieu le 1er octobre 2026 (inscription jusqu’au 5 juillet). Si vous êtes vous-même auteur·ice de vidéo, participez au concours E-toiles de Science (candidature jusqu’au 24 juin).
● Interdit d’interdire. Une énième audience de l’énième procès de Pinar Selek par la justice turque s’est déroulée de manière express le 2 avril dernier. Le tribunal d’Istanbul a renvoyé le jugement au 18 septembre prochain alors que la sociologue vient de publier un ouvrage explicitement intitulé Lever la tête, la recherche interdite sur la résistance kurde. Nous l’avions interviewée.
CHIFFRE
12 M€
En 2024, 12 millions d’euros ont été dépensés en frais de publication, article processing charges (APC) en anglais, par la centaine d’établissements français ayant répondu à l’enquête menée par le consortium Couperin chargé des négociations auprès des éditeurs. Cette dépense est à la baisse : -13% par rapport à 2023 et ce dû « aux accords nationaux de lecture et de publication, qui modifient la visibilité et la comptabilisation des frais de publication », analyse la note. Cependant, le nombre de publications diminue encore plus fortement (-22%), révélant une augmentation du prix moyen des APC. Avec ses deux coûteuses revues Nature Communications et Scientific Reports, Nature Springer reste largement en tête des maisons d’édition bénéficiaires, suivi d’Elsevier, de MDPI et de Frontiers – des éditeurs de la zone grise, nous vous en parlions.
EXPRESS
Votre revue de presse
→ Transparence. Une centaine de chercheurs ont mis à l’épreuve la reproductibilité de publications en sciences sociales et publient leurs résultats dans Nature ↯ : c’est un échec dans un cas sur deux. Alors que des modèles d’IA échouent à prédire la reproductibilité des publis, un facteur reste déterminant, rapporte Science : la disponibilité des données – la bioinformaticienne Sarah Cohen-Boulakia nous en parlait.
→ Prototype. Plus besoin d’écrire un long manuscrit, un produit ou une solution industrielle suffira pour obtenir son doctorat en Chine, du moins dans des disciplines comme l’ingénierie. Une déclaration qui relève avant tout de l’idéologie, analyse le sinologue Emmanuel Lincot pour le média Atlantico.
→ Scoop. À l’affût des derniers résultats scientifiques pour être le premier à en parler, les journalistes scientifiques sont parfois confrontés à des contradictions apparentes ou des résultats non encore consolidés. La Revue des médias revient sur quelques exemples, interviewant chercheurs et journalistes.
→ Canular. La bixonimania, une maladie inventée de toute pièce par une équipe suédoise qui a déposé deux faux preprints, est devenue réalité… dans la bouche des IA génératives. Une expérience qui montre la facilité de manipulation des chatbots ↯ mais qui contamine également la littérature scientifique, rapporte Nature.
→ Poubelle. IA toujours : des dizaines de milliers de publications comportent des citations « hallucinées », soit 2,6% du total publié en 2025, révèle Nature qui a enquêté sur les différentes méthodes d’analyse des citations et les actions menées pour dépolluer la littérature scientifique ↯.
→ Anti social. Docteure en neurosciences et autrice, Samah Karaki alerte sur les biais cognitifs, notamment celui qui nous pousse à faire confiance à ceux qui sont déjà visibles et reconnus, menant ainsi à une justification des inégalités sociales. L’Humanité tire son portrait ↯.
→ Double face. À 38 ans, Sébastien Wolf refuse toujours de choisir entre la recherche et la musique. Chercheur CNRS à l’Institut de Biologie de l’École normale supérieure le jour, guitariste de Feu ! Chatterton la nuit, il retrace son parcours dans une interview au Monde ↯.
↯ : liens menant à des articles protégés par un paywall
DARK SIDE OF THE MOON
Et pour finir…
Avez-vous pris le temps d’admirer les dernières images de la Lune ?