Les cinq infos de l’été

La Chine sur le toit du monde, la doctrine Trump, le cas Jason Arday, l’IA prédomine dans le médical et l’héritage de Didier Raoult au menu de ce récap’ de l’été.

— Le 7 septembre 2026

La Chine, empire du milieu scientifique

Queue de peloton. L’étude publiée le 26 août dernier par l’Observatoire des sciences et techniques (OST), institution appartenant au Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), baptisée La France dans la compétition scientifique mondiale : Radioscopie d’un décrochage ? est un coup de tonnerre dans un ciel déjà bien chargé. Menée par son directeur, l’économiste Nicolas Carayol, avec le soutien de la Direction générale de la recherche et de l’innovation du ministère, elle dresse un constat accablant de la recherche française sur la période 2005-2025, que ce soit en sciences physiques et de l’ingénieur, sciences de la vie ou, dans une moindre mesure, en sciences humaines. En 20 ans, la science hexagonale a en effet dévissé sur tous les indicateurs explorés pour les besoins de l’étude, passant par exemple de la 6e à la 13e place en termes de volume brut de publication. En outre, l’étude de l’OST met en évidence la position maintenant prépondérante, voire hégémonique, de la Chine tant en volume qu’en qualité de publications, les USA ne les devançant encore que sur un critère composite baptisé « audience ». « On a l’habitude des hiérarchies stables dans la science, en réalité cela évolue rapidement à l’échelle d’une décennie », analyse Nicolas Carayol.

USA : la doctrine contre le déclin

Les mots pour le dire. C’est un document très informatif qui a été publié en juillet dernier par l’administration étasunienne. Baptisé Science : A new golden age, il s’agit ni plus ni moins que d’un plan de réforme pour la recherche du pays, percutée de toutes parts par les décisions de l’administration Trump depuis le début de son second mandat (nous vous en parlions). Ce document très peu chiffré signé de la main de Michael Kratsios, le conseiller scientifique de Donald Trump, et préfacé par ce dernier, détaille en effet sur plus de 100 pages la nouvelle doctrine de la recherche outre-Atlantique, en une sorte de copié-collé de celle de 1945 commandée au scientifique en chef d’alors, Vannevar Bush. La première évidence est que les USA sont conscients de l’irrésistible ascension de la Chine, la seconde que ses préconisations sont en droite ligne de décisions déjà entérinées par l’administration Bush, comme la réduction des moyens aux universités en faveur de financements individuels, l’affaiblissement du peer review… au profit d’une accélération technologique centrée sur certains domaines comme l’IA ou la robotique. Rien évidemment sur les mesures les plus nocives à la liberté académique prises contre l’idéologie “woke” ou la censure de mots-clefs dans les publications. Ce nouvel “âge doré” promis à la science américaine n’en est-il que le chant du cygne ? L’histoire jugera.

Plagiat Outre-Manche

En cascade. Rares sont les affaires de plagiat qui sortent de la sphère académique. Cet été, le sociologue Jason Arday, plus jeune professeur noir de l’université de Cambridge, a fait face à de lourdes accusations de plagiat très largement reprises dans la presse britannique. Le 15 août dernier, la famille de Jason Arday annonçait le décès de ce dernier, la piste du suicide étant privilégiée par la police britannique. La polémique a éclaté en juillet dernier suite aux allégations de plagiat émises par le philosophe américain Nathan Cofnas, démis de ses fonctions à Cambridge en 2024 pour des propos racistes. Les propos de ce dernier ont rapidement été repris par les médias britanniques de droite, Telegraph en tête. « Ce qu’il s’est passé avec Jason Arday a déjà eu lieu dans d’autres universités, avec d’autres professeurs, sans pour autant faire la Une des journaux (…) Il était considéré comme une cible acceptable en tant que professeur noir – et on a pu l’attaquer bien plus facilement que s’il avait été un professeur blanc », explique le politiste Aurélien Mondon, professeur à l’université de Bath, dans Libération. En sous-texte également, la défiance grandissante contre le milieu universitaire d’une partie de la classe politique. Suite à son décès, une pétition dénonçant « un harcèlement médiatique » a recueilli plus de 15 000 signatures, dont de nombreux universitaires de Cambridge mais également des députés ou encore le leader des Verts britanniques Zack Polanski. Le 20 août, l’Université de Gand — où exerçait Nathan Cofnas — a décidé de suspendre temporairement ce dernier et a annoncé ouvrir une enquête disciplinaire. Des chercheurs de l’établissement ont également publié une lettre ouverte avec un message clair : « La diffusion publique d’idéologies racistes sous couvert de recherche scientifique représente un danger pour la recherche scientifique en général. »

L’IA s’installe

Sans issue. Le chiffre a de quoi surprendre : 90 % des articles biomédicaux présenteraient des signes de recours à l’IA. C’est le résultat d’une étude publiée le 2 août dernier sur la plateforme de prépublication arXiv, dans laquelle des chercheurs ont cherché à estimer l’utilisation des Large Language Model (LLM) dans des articles biomédicaux en libre accès issus de l’archive ouverte PubMed Central. Ce sont ainsi plus d’un million d’articles publiés entre 2017 et 2025 qui ont été étudiés. Les chiffres obtenus sont nettement supérieurs aux estimations précédentes. Les auteurs de l’étude pointent que ces résultats sont cohérents avec ceux d’une enquête menée en 2025 dans laquelle 71 % des chercheurs interrogés déclaraient utiliser l’IA comme aide à la rédaction. 

L’IHU de Marseille à la dérive

Cité fausséenne. L’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille est de nouveau sur le devant de la scène. Une équipe de neuf scientifiques a passé au crible l’intégralité des publications de l’organisme — anciennement dirigé par nul autre que Didier Raoult ; leurs résultats (sans appel) ont été publiés le 12 août dernier dans la revue Research Integrity and Peer Review de Springer Nature. « Nos conclusions révèlent des problèmes généralisés et persistants de conformité à l’éthique de la recherche au sein de la bibliographie de l’IHU-Mi et soulignent la nécessité d’un examen éditorial et institutionnel continu », ont détaillé les auteurs. Et pour cause, sur les 2674 articles publiés entre 1994 et 2024, 853 présentent des « préoccupations éthiques et juridiques » variées : des approbations éthiques obtenues a posteriori de l’étude (pour au moins 75 articles), l’absence pure et simple d’autorisation éthique (pour près de 340 articles) ou l’absence d’autorisations locales pour mener des recherches à l’étranger (pour 194 papiers). Rien que ça. Et les auteurs — dont la “détective” Elisabeth Bik, que nous avions interviewée — ont poussé encore plus loin le constat : sur l’ensemble des publications étudiées, 64 ont été rétractées et 270 ont reçu des « expressions of concern ». Pierre-Edouard Fournier, directeur de l’IHU depuis la mise au banc de Didier assure à nos confrères du Monde que « toutes les recommandations issues de ces rapports et des ministères de tutelle [recherche et santé] ont été mises en place et qu’aucun manquement en matière d’intégrité scientifique ou d’éthique n’a été relevé depuis. »

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