Opération dépollution

28.03.2025 • N° 494 • LA RECHERCHE ET SA PRATIQUE


Vengeur démasqué

Crime organisé. Auteurs qui trichent pour garnir leur CV, entreprises malhonnêtes qui vendent des articles bidons… Tout n’est pas rose dans la littérature scientifique, nous vous en parlons régulièrement.

The Avengers. Et pour vous en parler, nous nous appuyons sur le travail de chercheuses et chercheurs, qui ont décidé d’y dédier tout ou partie de leur recherche, analyses bibliométriques au poing.

Born not Toulouse. Devenu une petite célébrité dans le domaine, Guillaume Cabanac est un des pères fondateurs de ce collectif de détectives. Après plusieurs rencontres, nous vous dressons aujourd’hui son portrait.

Bonne lecture, 
— Lucile de TheMetaNews

Sommaire

→  PORTRAIT  Guillaume Cabanac, détective sans impair
→  OUTIL  Léguez vos logiciels avec Software Heritage
→  ÇA VOUS A FAIT RÉAGIR  Éradiquer toute erreur ? Un but inaccessible
→  EXPRESS  Votre revue de presse
→  ET POUR FINIR Autocitation dans l’œuf

TEMPS DE LECTURE : 5 ou 10 MINUTES

℗ Contenu réservé à nos abonné·es

PORTRAIT

Guillaume Cabanac, détective sans impair

Certains arpentent les plages armés de sacs poubelles et de pinces. Guillaume Cabanac, lui, passe au peigne fin la littérature scientifique pour la “dépolluer” de ses aberrations.

  ↳ Quand on rencontre Guillaume Cabanac, on a l’impression de croiser un ancien camarade d’école : souriant, calme, avec sa petite chemise à carreaux (ou à fleur) et son accent toulousain chantant, rien ne laisse présager qu’on va parler de fraudes scientifiques pendant plusieurs heures – moult autres sujets seront d’ailleurs abordés mais restons concentrés (…)

OUTIL

Léguez vos logiciels avec Software Heritage

Gravé dans le marbre. Vous développez ou avez besoin d’un nouveau logiciel pour vos recherches ? Lancé par l’Inria en 2016, Software Heritage est à la fois une plateforme de dépôt et un catalogue de logiciels open. Pour certains, il joue un rôle équivalent à GitHub mais sa souveraineté et sa pérennité sont garanties. Vous pouvez y rechercher du code mais aussi déposer et valoriser les vôtres, un identifiant unique leur étant attribué pour une intégration facilitée dans HAL. Pour en savoir plus, voici une récente présentation.

EXPRESS

Pendant ce temps dans les labos

● Vers la terre. Doctorant·es, le rôle et le positionnement de la recherche dans les crises environnementales vous interpellent ? Le collectif Labos1point5 organise une journée de formation doctorale en ligne le 22 mai, vous permettant éventuellement de collecter quelques crédits au passage. Au programme : éthique, biodiversité, low tech et transition… Inscription par ici.

  Mais aussi…   L’IA s’invite dans tous vos outils : le projet de recherche Limites numériques explique comment et pourquoi Le doctorant en mathématiques et prisonnier politique en Russie Azat Miftakhov a fêté ses 32 ans en prison. Il est notamment soutenu par la Société mathématique de France L’Académie des sciences ouvre ses archives en ligne ! Au catalogue : des fonds personnels d’académiciens, des plis cachetés, des dossiers de prix et concours, ainsi que des registres et dossiers des séances académiques ● 

ÇA VOUS A FAIT RÉAGIR

« Très intéressant votre article sur la chasse aux erreurs pour éviter les rétractations. Ce qui me frappe cependant, c’est le préjugé sur lequel il est fondé : une erreur suffit à provoquer une catastrophe. Or l’accidentologie en matière de sécurité aérienne – peut-être ce qui se fait de plus poussé dans le genre – a montré depuis longtemps que le crash est très rarement dû à une seule erreur… » (lire la suite)

Christophe Blondel | Directeur de recherche au CNRS en physique | Il réagit à notre analyse sur les bourdes qui mènent à la rétractation.

EXPRESS

Votre revue de presse

→ Checkpoint. Un postdoctorant indien, pourtant muni d’un visa, a été arrêté par les autorités étasuniennes pour ses positions pro-palestiniennes, explique Politico. Une actualité qui résonne évidemment avec celle du chercheur français refoulé à la frontière, rappelle Libération. Nous vous en parlions dans TMN mercredi, Le Parisien revient sur les nouvelles consignes diffusées par le ministère de la Recherche ↯. Dans ce contexte, certains chercheurs français hésitent à se rendre aux États-Unis ↯, rapporte Libération.

→ Atomisés. Les sciences sociales ne sont pas les seules à être inquiétées par le gouvernement de Donald Trump. Au National Institute of Standards and Technology (NIST), des physiciens vivent depuis dix jours sous le couperet d’une suppression pure et simple de leur équipe, publiant pourtant des données d’importance pour de nombreuses autres disciplines, rappelle le magazine Wired. Une pétition est en ligne. Mediapart rapporte de son côté la menace qui plane sur l’observatoire de Mauna Loa à Hawaï ↯, mesurant chaque année depuis 1958 la teneur en CO2 de l’atmosphère. Dernière attaque en règle : le financement de recherches sur la Covid, le changement climatique ou l’Afrique du Sud se verrait coupé ↯, d’après des documents obtenus par Nature.

→ Bazar global. Les attaques contre la science aux États-Unis auront-elles des conséquences en France ? Notre consœur Agnès Vernet interviewe pour Sciences humaines le philosophe des sciences Philippe Huneman et sa réponse est claire ↯ : « Si la science américaine s’effondre, l’impact sera mondial ». Même conclusion pour Alain Fischer qui signe une chronique dans L’Express . De son côté, le Un hebdo a rencontré la directrice de l’Institut Pasteur Yasmine Belkaid ↯ qui a effectué une bonne partie de sa carrière outre-Atlantique.

→ Fake keeper. Les revues scientifiques garantissent-elles toujours la qualité des articles publiés ? C’est la question que se pose le Wall Street Journal suite à deux faits d’importance : la démission en masse du comité éditorial d’une revue d’Elsevier (Retraction Watch en parlait) ainsi que le signalement d’une trentaine d’articles problématiques publiés dans Scientific Reports, sans réaction adéquate de l’éditeur (lire la lettre ouverte adressée à la maison d’édition Springer Nature, signée notamment par Guillaume Cabanac dont nous dressons le portrait cette semaine). Dans Scientific American, quatre chercheurs mettent en avant les conséquences dramatiques d’erreurs non corrigées de la science.

→ Chèque en bois. Dans les universités françaises, les vacataires assurant des heures d’enseignement sont payés avec des mois de retard. Des délais que le ministère a jugé inacceptables, instaurant en 2022 un système de mensualisation. Pourtant, sur le terrain, la situation reste problématique et un collectif de chercheurs signe une tribune au Monde appelant les établissements à respecter la loi ↯.

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AUTOCITATION DANS L’ŒUF

Et pour finir…

Un papier peut-il s’autociter ? La réponse est oui.