
06.02.2026 • N° 568 • LA RECHERCHE ET SA PRATIQUE
Stupeur et tremblements
Breaking news. Un peu plus d’un an après l’arrivée de Donald Trump à la tête d’une des plus grandes puissances scientifiques, l’heure est au bilan. Une année qui a marqué la fin d’une « fiction agréable », pour reprendre les mots du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos.
Universities in court. La rupture est en marche, accompagnée d’une censure dont les impacts sont encore difficiles à mesurer et ce même si la diminution des budgets pourrait être moins importante que prévue (voir l’analyse de l’historien des sciences Yves Gingras plus bas).
Woke publishers. Il est pourtant un sujet dont on a peu parlé depuis l’ère Trump, celui de l’édition scientifique. Intimidations, voire fermeture de certaines revues, coupure d’abonnements le sujet est pourtant brûlant… Voici le programme de notre analyse de la semaine, en partenariat avec l’Eprist et en accès ouvert.

Bonne lecture,
— Lucile de TheMetaNews
Sommaire
→ ANALYSE L’édition scientifique bousculée par Trump
→ OUTIL Réalisez vos diagrammes de flux
→ EXPRESS Emmy, Zoom et des questions d’ingérence
→ EXPRESS Votre revue de presse
→ ET POUR FINIR Social landscape
| TEMPS DE LECTURE : 5 ou 10 MINUTES |
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ANALYSE
L’édition scientifique bousculée par Trump
Les attaques envers la science de l’administration Trump se propagent jusqu’aux revues académiques, rouvrant les débats sur leur modèle économique.

↳ « No more taxpayer money for woke publishers! », s’exclamait Donald Trump sur le réseau social X le 8 avril 2025. Mais pourquoi tant de haine, quatre mois à peine après sa prise de possession de la Maison Blanche et l’interdiction orwellienne de plus de 200 mots au sein des agences gouvernementales ? « La folie du genre » poussée par des maisons d’éditions européennes comme Springer Nature, selon le Président des États-Unis (…)
OUTIL
Réalisez des graphiques de flux
Un long fleuve (pas) tranquille. Des diagrammes alluviaux ? Mais oui, vous savez, ces graphiques qui montrent le transfert d’une catégorie à une autre – un exemple ici. Comment les créer à partir de vos données ? Par exemple avec RAWGraphs, un outil en ligne gratuit et open source. Pour l’utiliser, voici un tutoriel réalisé par la newsletter de WeDoData en quatre étapes. À vos données !
EXPRESS
Pendant ce temps dans les labos
● Mistral gagnant. Suite au lancement avec Mistral de l’IA générative Emmy pour ses agents, le CNRS communique avec l’interview de François Pouget, directeur général délégué aux ressources. Bilan de ce premier mois : près de 7000 usagers auraient déjà activé leur compte, avec l’assurance « que les données (…) seront hébergées au sein de datacenters situés sur le sol européen notamment soumis au RGPD et à l’IA Act ». Deux points qui viennent préciser les éléments que nous vous apportions dans notre analyse sur les IA souveraines dans l’ESR.
● Monopole d’État. Souveraineté toujours : le CNRS va stopper d’ici fin mars ses licences à l’outil de visioconférence Zoom pour proposer à ses agents ainsi qu’aux chercheurs associés à ses unités de recherche l’outil Visio développé par la Direction interministérielle du numérique. Un communiqué du ministère de l’Économie annonce sa volonté de faire de Visio « l’outil unique de visioconférence pour les agents de l’État » d’ici 2027.
● Agent double. L’Office français de l’intégrité scientifique (Ofis) publie une note sur l’ingérence étrangère et ses risques pour l’intégrité – trois principaux sont identifiés – ainsi que leur prise en compte dans les politiques de sécurité. Les auteurs identifient un besoin de formations à destination des chercheurs mais aussi de coordination des services.
● Mais aussi… La plateforme Sciencesconf fait peau neuve avec une nouvelle ergonomie pour les sites de vos conférences ● Le replay de la Journée science ouverte organisée par le CNRS en novembre 2025 avec pour thème « La mort annoncée des publications scientifiques ? » est en ligne ● Partager ses données, c’est important, savoir les supprimer si besoin, ça l’est également. Recherche Data Gouv publie une documentation à ce sujet ● Cette semaine avait lieu le troisième sommet mondial pour l’accès ouvert diamant à Bengaluru en Inde ● Agissements sexistes, agression ou harcèlement sexuel… connaissez-vous leur définition et les peines correspondantes ? L’Observatoire des VSS diffuse un lexique juridique ●
EXPRESS
Votre revue de presse
→ Double face. Auditionné par une commission du Sénat états-unien, le directeur des National Institutes of Health (NIH) Jay Bhattacharya a dû répondre des coupures budgétaires imposées depuis un an, notamment sur les vaccins, rapporte Science. Créant la surprise, la même agence vient d’annoncer un allègement administratif pour certains types d’essais cliniques, qui ne fait pas l’unanimité parmi les chercheurs, explique Nature.
→ Safe place. Faut-il tenter de récupérer les chercheurs qui fuient les États-Unis ? Alors que le Canada a déployé un programme de chaires d’excellence de 1,7 milliards, les deux chercheurs en sciences sociales Yves Gingras – relire notre interview – et Vincent Larivière critiquent la mesure au micro de l’émission « Je vote pour la science » de Science Presse, parlant d’« insulte aux universités canadiennes » qui forment des milliers de doctorants chaque année. On vous passe les commentaires d’Yves Gingras sur les universités françaises.
→ Verre à moitié plein. La crise de la reproductibilité : une exagération ? C’est le sentiment de Maria Leptin, présidente du Conseil européen de la recherche (ERC). Selon la biologiste, la reproductibilité n’est pas toujours facile à obtenir et le fait que des études de reproductibilité soient menées est bien la preuve que la science s’autocorrige, rapporte Research Professional News. Ça tombe bien, ce sera notre sujet de la semaine prochaine.
→ Du plomb dans l’aile. Alors que sa première loi est toujours contestée, le sénateur Laurent Duplomb propose de réintroduire plusieurs pesticides grâce à une deuxième. Un véritable « déni de science » pour la chercheuse en agronomie Ève Fouilleux. Interviewée par France Info, elle rappelle la dangerosité avérée de ces produits, notamment pour les agriculteurs.
→ Pris qui croyait prendre. Par curiosité, le mathématicien Pascual Diago a soumis à ce qui ressemblait à une revue prédatrice un faux article sur les envies de femmes enceintes. Celui-ci a été publié bien qu’il ait refusé de payer les frais de publication de 3000 dollars. Surpris, il témoigne dans les colonnes de Retraction Watch.
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