
18.07.2025 • N° 521 • LA RECHERCHE ET SA PRATIQUE
Atterrissage contrôlé
Sur les bancs. Vous souvenez-vous de vos profs à la fac ? Je vous l’annonce d’entrée de jeu, Guillaume Blanc a été l’un de mes enseignants durant mes études de physique. C’était à l’université Paris Diderot, aujourd’hui Paris Cité.
Quechua. Polaire sur le dos et chaussures de randonnée aux pieds, il écrivait avec une rigueur impeccable les équations au tableau. Quinze ans plus tard, c’est à la salle d’escalade que nous nous sommes recroisés.
Prise de conscience. Depuis, son regard sur les sciences et leur enseignement a beaucoup évolué, notamment au regard de la crise écologique. Peut-on donner cours aujourd’hui comme on le faisait hier ? Au sortir d’un colloque sur ce thème, Guillaume Blanc a répondu à nos questions.

Bonne lecture,
— Lucile de TheMetaNews
Sommaire
→ INTERVIEW Guillaume Blanc enseigne les enjeux socio-écologiques
→ OUTIL Cahiers de vacances intègres
→ EXPRESS Red flags et effet Matthew
→ CHIFFRE Les docteurs persistent dans la recherche
→ EXPRESS Votre revue de presse
→ ET POUR FINIR Cousinade de PhD
TEMPS DE LECTURE : 5 ou 10 MINUTES |
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INTERVIEW
« Peu d’étudiants sont conscients de la gravité de la situation »
Physicien à l’Université Paris Cité, Guillaume Blanc se consacre depuis plusieurs années à l’enseignement des enjeux écologiques et sociaux.

Pourquoi enseigner les enjeux écologiques et sociaux à l’Université ?
↳ Notre modèle de société occidentale n’est pas pérenne, notamment du point de vue des limites physiques planétaires : la crise actuelle est écologique, sociale et démocratique. Il ne s’agit pas d’une cause extérieure, comme un astéroïde qui va percuter la Terre : nous, humains, en sommes responsables (…)
OUTIL
Cahiers de vacances intègres
CM1 vers CM2. Et si les congés d’été étaient l’occasion de faire un point sur l’intégrité scientifique ? La Rédaction médicale vous propose un quiz sur 19 cas pratiques pour tous les âges, avec des situations allant du choix du labo où faire sa thèse jusqu’à la réponse à un appel à projet. Vous pouvez même laisser des commentaires si vous n’êtes pas d’accord avec Hervé Maisonneuve, l’auteur du blog que nous avions interviewé à nos débuts.
EXPRESS
Pendant ce temps dans les labos
● Baignade interdite. Vous rêviez de statistiques sur les articles rétractés ou publiés dans des revues problématiques, par pays ou établissement ? Si oui, votre curiosité va enfin être assouvie grâce au Research integrity risk index, qui marque d’un red flag certaines institutions ou des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Inde – Achal Agrawal nous en parlait –, le Kazakhstan ou l’Indonésie… Son créateur, Lokman Meho, professeur en sciences de l’information et bibliothécaire à l’American University of Beirut au Liban, présente son projet dans un preprint déposé sur arXiv.
● Parole d’évangile. Mieux vaut financer les chercheurs passés tout près de la consécration lors d’un appel à projet précédent plutôt que de sélectionner toujours les mêmes gagnants. C’est la recommandation d’un rapport publié par le Research on research institute britannique. Via l’analyse de 14 programmes de recherche en Europe et en Amérique du Nord, les auteurs ont confirmé l’existence de l’effet Matthew – on donne à ceux qui ont déjà reçu. Nature en parle également.
● Mais aussi… Rebâtir un service public de l’enseignement supérieur : voici le dernier rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) ● Les principes pour la création d’indicateurs mesurant l’ouverture de la science au niveau mondial viennent d’être publiés, sous la houlette de l’université de Lorraine ● Une conférence sur le futur de la recherche ouverte aura lieu en mai 2026 à Munich. Vous pouvez y soumettre une contribution avant le 30 septembre ● Le festival Allez Savoir aura lieu à Marseille du 25 au 28 septembre, co-organisé par l’EHESS ●
CHIFFRE
74%
Trois ans après leur soutenance, près des trois quarts des docteurs diplômés en 2020 et en emploi travaillaient dans la recherche, qu’elle soit publique ou privée, révèle une note du service statistique du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Au global, 94 % des docteurs étaient bien insérés professionnellement, avec des disparités de genre : les femmes s’orientent plus vers le secteur public hors académique alors que les hommes se dirigent plus vers la R&D privée.
EXPRESS
Votre revue de presse
→ Toxique. Aux États-Unis, des dizaines d’experts scientifiques sont renvoyés des National Institutes of Health, laissant supposer que les prochains financements seront accordés à l’aune de la politique trumpienne, rapporte Nature. Pendant ce temps, la Chambre des représentants se bat contre les coupures budgétaires, selon Science. Le climat reste très tendu à la Nasa, témoigne l’un de ses scientifiques pour France Info.
→ Fermeture. Et si l’intégrité se retournait contre la recherche ? Certains détectives scientifiques comme Elisabeth Bik s’inquiètent de voir leurs paroles détournées pour discréditer la science, rapporte Nature – Nicole Nelson nous en parlait également. Cela pourrait-il amener la communauté à vouloir cacher les problèmes sous le tapis pour ne pas en pâtir politiquement ? Lonni Besançon explore cette possibilité dans sa chronique au Point.
→ Armés. Désinformation, dénigrement, obstruction, invisibilisation des sciences… C’est le thème du nouveau numéro de La vie de la recherche scientifique, le magazine du syndicat SNCS. Avec au programme les liens entre productivisme et sciences ou l’agnotologie – Robert Proctor vous en parlait.
→ A l’aigre. Quelques jours après les révélations de la Revue XXI sur les clauses du partenariat entre le Collège de France et TotalEnergies, Le Monde rapportait les propos relativisant l’urgence à agir face au changement climatique ↯ d’un collègue de la célèbre institution, le chimiste Marc Fontecave, dans le cadre d’une table-ronde organisée avec le soutien du géant pétrolier.
→ Stars. Quelques portraits de jeunes scientifiques pour finir : Andrea Lius souffrait du syndrome de l’imposteur mais elle est devenu journaliste scientifique et le raconte dans Science, Albane Buriel revient de trois semaines en Syrie pour ses recherches en sciences de l’éducation, rapporte le Télégramme, et Zoé Pochon s’est exilée à Stockholm pour étudier des fossiles de virus, explique le média suisse la Liberté. Enfin la plus célèbre d’entre elles : Emma Watson réalise son doctorat à Oxford en littérature et en est très heureuse, rapporte Vanity Fair.
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