01.07.2026 • N° 604 • LA RECHERCHE ET SA POLITIQUE
Mouvements browniens
Dans la pipette. Difficile parfois d’en prendre la mesure depuis les laboratoires (sauf par circulaires interposées) mais le petit monde de la gouvernance de l’ESR — principalement francilien — s’agite en tous sens en ce début d’été caniculaire. En cause : les coupes budgétaires en rafale (on vous en parle plus bas) et les appréhensions pré-2027.
Manches courtes. Dans votre secteur comme dans tous les autres, les murs — climatiques, budgétaires et même civilisationnels — approchent et, faute de vision, les politiques s’apprêtent à enfiler le polo de l’ancien ministre Jean-François Mattéi en 2003, qui assurait sereinement gérer la canicule depuis sa villégiature montagnarde.
Le jour d’avant. Stress-test, colloques de mobilisation, appels aux citoyens, réveil des contre-pouvoirs… la rentrée 2026 ne ressemblera à aucune autre et TheMetaNews y jouera un rôle que nous espérons être de premier plan dans cette nécessaire prise de conscience.
Prétoires. En attendant, nous vous proposons une plongée dans les coulisses de la justice : Noémie était au procès du corbeau du Collège de France, qui s’est tenu début juin et qui pose l’éternel (et irrésolu) problème de la réintégration des agents condamnés pour violences sexistes et sexuelles.
Bonne lecture,
— Laurent et Noémie de TheMetaNews.
Sommaire
→ ANALYSELe corbeau et le silence des institutions → EXPRESS Budgets de l’ESR et suite des assises → LA VIE DE L’ESR Des nominations à foison → EXPRESS Votre revue de presse → ET POUR FINIR En escadrille
TEMPS DE LECTURE : 5 OU 13 MINUTES
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ANALYSE
« Je pouvais crier, hurler, rien ne se passait »
Un voyeur au Collège de France… et une cécité institutionnelle face à ses agissements. Le cas de Navy Kéo résume le manque de cohérence de la politique contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans les labos, qui font face aujourd’hui à la réintégration d’auteurs de VSS.
↳ Pop quizz. Combien de femmes scientifiques déclarent avoir subi du harcèlement sexuel au cour de leur carrière ? Près d’une sur deux selon une étude internationale sur l’égalité femmes-hommes en science de la Fondation L’Oréal conduite auprès de 5 200 collègues à travers le monde. Le 9 juin dernier, la 28ème chambre correctionnelle du Tribunal judiciaire de Paris jugeait un cas de grande ampleur. Un de plus. Navy Kéo, agent administratif du CNRS, comparaissait pour avoir placé dans les toilettes des femmes du Collège de France une caméra (…)
→Les saignées de l’ESR. Faute d’espace éditorial ces dernières semaines, nous avons écarté le traitement d’une série d’informations congruentes. Commençons par le CNRS : à peine nommé, le nouveau PDG Thierry Dauxois (voici sa lettre d’intention parue le 22 juin) hérite de décisions budgétaires prises à la serpe. Outre la volonté du ministère de la Recherche de « réduire de 40 % le budget de communication » annoncée il y a quelques semaines, le budget rectificatif voulu par le Premier ministre a amené le CNRS à décider le 8 juin dernier du gel de l’embauche et du renouvellement de tous les contrats à durée déterminée, à l’exception de ceux financés par des contrats de recherche, comme ceux de l’Agence nationale de la recherche (ANR). Rendez-vous début octobre pour savoir si le dégel aura lieu. ANR justement : si l’on passe sur les annonces pro-Europe sur l’agence (lire la com’ ministérielle ici), les décisions budgétaires sont moins roses. Le budget arrêté début juin est raboté de 50 millions d’euros, avec une conséquence directe sur le nombre de projets financés — 150 de moins par rapport à 2025 — et une nouvelle diminution du taux de réussite est à prévoir. La colère gronde également au Centre national d’études spatiales (Cnes) : une intersyndicale a manifesté le 25 juin dernier pour protester contre les 330 millions d’euros de coupes budgétaires sur le budget initial 2026. Des scientifiques, principalement issus des organismes de recherche, se mobilisent contre les économies dans la recherche et interpellent les candidats à la présidentielle de 2027 dans un texte que vous pouvez signer•
→Les dés sont jetés. Le 24 juin dernier, Jérôme Fournel et Gilles Roussel ont rendu le rapport des Assises du financement des universités qui leur avait été commandé il y a quelques mois par Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, et David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics. « Si le modèle de financement de l’université n’évolue pas, il ne sera plus soutenable d’ici à 2030 », alertent les co-présidents des Assises et ont appelé à s’appuyer sur « une palette de recettes ». Parmi les propositions, la plus controversée est une hausse drastique des frais d’inscription pour les étudiants français — 900 euros pour une année de licence (178 euros aujourd’hui) et 1 300 euros pour une année de master (254 euros aujourd’hui). Philippe Baptiste a assuré que rien ne bougerait cette année mais que « le débat méritait d’être ouvert » en amont de la campagne présidentielle. Au lendemain de la publication du rapport, France Universités a réagit à sa publication se félicitant « d’un constat partagé (…) de la gravité de la situation financière des universités ». Une chose est sûre : les syndicats sont vent debout contre cette possible réforme •
→ Le JO au pas de course.Des ouvertures de concours pour le recrutement de maîtres de conférences et de professeurs de l’enseignement supérieur agricole • Le règlement intérieur de l’Institut universitaire de France est approuvé•
→ Ensemble. Nous vous parlons dans notre analyse du jour d’un cas de harcèlement sexuel au Collège de France. Une mobilisation se déroulait le 24 juin dernier devant l’Institut de Physique du Globe (IPGP) en soutien à une doctorante victime pendant plusieurs mois de harcèlement et d’agressions sexuelles sur son lieu de travail qui dénonce la « faillite institutionnelle de son institution à la protéger » ↯, rapporte L’Humanité.
→ Drapeau rouge. Restrictions budgétaires, attaques idéologiques, montée en puissance de l’IA… La recherche française est confrontée à de nombreux défis sur lesquels Le Monde revient en graphiques ↯. Le journaliste David Larousserie du même média revient sur la double fragilisation ↯, politique et financière, du milieu.
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