Arturo Casadevall : « Le système actuel de financement est déjà une loterie »

— Le 26 juin 2021

Réduire les biais et favoriser la diversité en science, c’est le credo du biologiste Arturo Casadevall. Ce chercheur américain siège
au conseil scientifique de l’institut Pasteur.


Votre point de vue a-t-il changé depuis votre proposition de loterie en 2014 ?

Non, je suis même encore plus convaincu que le classement des candidatures pose un réel problème dans la recherche. Les comités d’évaluation distinguent très bien les bons projets scientifiques des mauvais mais, à partir du moment où ils doivent les classer, des biais apparaissent, souvent inconsciemment. Les femmes, les minorités, les sujets moins à la mode ou les institutions moins prestigieuses en payent le prix.

Quel système préconisez-vous ?


Le système actuel est déjà une loterie mais une loterie sans hasard – comportant donc des biais. Dans le système que nous avons proposé [similaire à celui qui a été mis en place en Nouvelle-Zélande, NDLR], le peer-review serait toujours présent et aurait pour rôle de sélectionner un nombre de projets acceptables [équivalent à deux ou trois fois le nombre de bourses, NDLR]. La loterie permettrait ensuite la sélection parmi ceux-ci ; l’exemple de la Nouvelle-Zélande est très encouragent [deux tiers des participants sont d’accord avec le principe, NDLR].

Avez-vous essuyé beaucoup de refus en tant que candidat ?


La plupart de mes demandes de financement échouent ! Je suis tout de même un chercheur bien établi. Le système me profite donc plus qu’à d’autres et je vois le mal qui est fait à la science dans son ensemble. Le classement par les comités d’évaluation renforce le statu quo et ne permet pas de faire ressortir les projets les plus innovants. Si je vous demande de choisir deux sujets parmi cinq, vous allez certainement choisir ceux que vous connaissez le mieux, mais pas forcément les plus intéressants.

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