La France vue du classement de Shanghai

— Le 9 septembre 2021
Pourquoi ce classement reste hégémonique malgré les critiques.

Festival estival. Avec la publication du classement THE (Times Higher education) — où Oxford, université anglaise est sacrée première de ce classement britannique — le 1er septembre s’est clôt la saison des rankings universitaires. Auparavant étaient en effet parus Shanghai et QS (MIT arrive en tête), formant avec THE le triumvirat qui règne au niveau mondial.

Le secret de la réussite. Outre QS et THE intégrant la formation, il existe une flopée de classement plus axés recherche (Leiden, NTU, CWUR…) dont pas grand monde n’entend parler. Trois raisons à cela : 
Shanghai est le plus ancien.  Créé en 2003, ses règles de notation n’ont presque pas changé depuis, rendant la comparaison entre les années possible. 
Shanghai est simple.  Contrairement à certains de ses camarades (QS et THE par exemple), les Chinois procèdent à une moisson automatisée des données, sans intervention des universités. 
Shanghai est transparent.  La moisson de données se fait sur les bases de données privées (Web of science, Clarivate…) ou publiques (OpenData) et la méthodologie est publique.

La prise de la pastille. Si la France est aujourd’hui un peu plus qu’une pastille vue depuis Shanghai, pour reprendre les mots de Geneviève Fioraso en 2013, elle doit beaucoup à l’aventure Paris Saclay. L’université en effet auréolée cette année d’une 13e place mondiale, ce qui aura nécessité un déplacement de Frédérique Vidal en Chine pour en plaider la cause, ainsi que celles des autres regroupements.

Saclay qui cache la forêt. L’aboutissement de presque vingt ans de fusions à marche forcée, le gigantisme et l’excellence pèsent lourd dans ce classement. Mais aussi un paravent à d’autres indicateurs qui sont, eux, moins bons : – 4,7% de publis selon Nature pour la France en 2021, par exemple. Un chiffre peut en cacher un autre.  

Et maintenant ?  Certainement plus grand chose. Maintenant que les regroupements (Saclay, PSL, SorbonneU, Université de Paris…) sont pris en compte, la mobilité interne au sein du classement sera faible. Quant à Paris Saclay, elle aura déjà fort à faire pour se maintenir. Sylvie Retailleau, sa présidente, témoigne :« Intégrer le top 10 ? Nous avons d’abord besoin de stabilité. Avec notre budget, cette 13e place est déjà une belle performance »

Rendez-vous l’année prochaine. On peut donc déjà prédire les résultats de Shanghai 2022 : ce sont ceux de 2021, à peu de choses près et sauf évènement extraordinaire, comme la création de l’Université France. Car si « la taille ne fait pas tout », comme nous le confiait Sylvie Retailleau en 2020, cette superstructure exploserait les scores à Shanghai… même si elle n’est aujourd’hui qu’une provocation. 
Prime à la classe

Contrairement à une idée reçue assez répandue, la note de Shanghai ne prend en compte les performances par chercheur — par exemple le nombre de prix divisés par le nombre total d’employés — que pour une partie minime de la note (10%). Purement quantitatif (consulter la méthodo), le classement de Shanghai bonifie la présence de chercheurs récompensés par des prix internationaux (Nobel, Abel, Fields…) ou les highly cited en valeur absolue. Parmi eux, évidemment, les Nobel cristallisent toutes les attentions :

Nobel dérangeant. Pourtant mal classées à Shanghai, les établissements de l’Empire du milieu ne pourront compter sur le prix Nobel de la Paix 2010 du dissident Lu Xiao Bo mystérieusement (même si on en cerne bien les raisons) non comptabilisé pour l’université de Jilin ou celle de Pékin, où il a étudié.

Récompense à retardement. Le prix Nobel d’Emmanuelle Charpentier, étudiante il y a 25 ans à Paris 6, a fait gagner trois places à Sorbonne Université cette année.

Le grand bond. Aix Marseille Université est la seule dans les 200 premières à n’avoir aucun point dans le critère des Prix Nobel et médailles Fields. Si elle en comptait un, elle gagnerait trente ou quarante places.

A qui appartient Einstein ? La partition de l’Allemagne a entrainé la création de deux universités à Berlin — Humboldt et Freie —, l’une et l’autre réclamant logiquement l’attribution du prix Nobel du célèbre Albert (qu’il n’a d’ailleurs pas eu pour la relativité). En bisbilles depuis, elles n’apparaissent toujours pas dans le classement.

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