La mobilisation anti-LPPR victime du Covid

— Le 13 mai 2020
Les opposants à la loi Recherche ont, comme tout un chacun, été confinés, leurs mots d’ordre avec eux.

C’était il y a une éternité, déjà. Alors qu’on pensait le dossier remis aux calendes grecques (il est beaucoup question de Grèce cette semaine) avec le déferlement de la pandémie, Emmanuel Macron avait profité d’une visite à l’Institut Pasteur le 19 mars dernier pour annoncer, avec quelques ratés de com’, “son” plan pour la recherche : 25 milliards d’euros sur 10 ans… mais seulement 400 millions l’année prochaine pour le ministère de la Recherche. 2021, la dernière année de plein exercice de son mandat.

Comme un iceberg. Il s’agissait en réalité de la partie émergée de la Loi de programmation pluriannuelle de la recherche, qui occupe les esprits depuis son annonce par Edouard Philippe en… février 2019.
Il aura fallu six mois et une tribune d’Antoine Petit souhaitant une loi « inégalitaire et darwinienne » pour réveiller les consciences, au moment où Emmanuel Macron promettait de serrer la vis sur l’évaluation des chercheurs aux 80 ans du CNRS en novembre. La grogne, amplifiée par la loi Retraite, n’est jamais redescendue.

Des journées comme celle du 05 mars, marquée par une grande mobilisation anti LPPR, que ce soit à Paris ou ailleurs comme au Mans, ne pourront se tenir avant de nombreux mois. Le décret publié le 11 mai prévoit en effet une interdiction des rassemblements de plus 5 000 personnes — manifestations comprises, évidemment — jusqu’au 31 août prochain. Et on parle déjà de rentrées universitaires à distance. En ligne, la mobilisation n’a évidemment pas la même portée malgré certaines initiatives mises en place récemment, comme cette pétition.

On a failli attendre. Avant d’être étouffée par le Covid, cette mobilisation a été de plus contrariée par plusieurs éléments :
La loi Recherche n’a jamais existé, seules des pré-versions ont circulé “off”. Les investissements prévus — s’ils ont lieu — seront égrenés dans les prochaines lois budgétaires.
Certaines mesures étaient déjà en place, comme les CDI de projet.
La loi Retraite a brouillé les messages en ouvrant un deuxième front.
La mobilisation n’a pas transcendé les disciplines, les sciences humaines constituant la majorité des troupes. De plus, les mesures de la LPPR sont plus favorables aux sciences “dures”.
Les doctorants joueront-ils les prolongations  ?

Est-ce une grosse déconvenue qui se profile pour les doctorants et les ATER ? En effet, le projet de loi d’urgence sur le Covid-19 qui va entrer en discussion à l’Assemblée nationale ne prévoit qu’une rallonge équivalente à la durée de l’état d’urgence sanitaire. C’est beaucoup moins que l’année de prolongation promise par Frédérique Vidal, d’autant que la mesure n’est pas financée pour le moment.
Il comporte en revanche une mesure favorable aux personnels en CDD, qui auraient vu leur contrat interrompu pendant la durée du confinement. Cette période ne serait pas décomptée en vue d’une possible CDIsation. Et la situation des doctorant·es en thèse Cifre est toujours pendante.

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