« Le mal est en réalité profond »

— Le 28 avril 2021
On tente un résumé du dernier ouvrage du sociologue Michel Wievorka, consacré à l’islamo-gauchisme.

Il est également président de la
Fondation Maison des sciences de l’homme
.

A point nommé. C’est avec un sens suraigu du timing que le sociologue Michel Wievorka a sorti son ouvrage Racisme, antisémitisme, antiracisme | Apologie pour la recherche (Ed. La boîte à Pandore), sous-titré Rapport à Madame Frédérique Vidal, un évident clin d’œil à l’enquête sur l’islamogauchisme voulue par la ministre (mais qui se fait toujours attendre).

Point de vue. Entre témoignage personnel et analyse, le sociologue y dresse tout d’abord le constat d’un monde universitaire en proie à des affres qui polluent la mécanique de la recherche :« Il existe par endroits dans l’univers (…) de la recherche en sciences sociales un climat délétère, où y compris des scientifiques détruisent le débat scientifique »

Black power. Il enchaîne par une analyse de la naissance des mouvements décoloniaux ou postcoloniaux, qui remontent aux années 60 et 70 sur fond de mouvements pour les droits civiques des Noirs aux USA.« Une caractéristique constante dans les positions identitaires, postcoloniales, décoloniales et autres (…) est la fusion fréquente de l’analyse et de l’action, de la recherche et de l’engagement. »

Dissensus. Importées en France, ces théories aurait contribué à scinder le mouvement antiraciste — particulièrement au sein de SOS racisme — à partir des années 80 pour mener à la situation actuelle. Une scission qui atteint également la recherche : « Il y avait une vie scientifique ouverte, et non pas comme aujourd’hui la combinaison de fermeture nationale et d’emprunts sans recul »

Les deux camps. La polémique autour de l’islamo-gauchisme — très franco-française — tient à l’émergence plus récent d’un deuxième pôle militant, incarné par le Printemps républicain ou l’Observatoire du décolonialisme, notamment. « Un deuxième pôle qui s’est constitué pour affronter idéologiquement et politiquement la nébuleuse postcoloniale, identitaire ou intersectionnaliste sur une base républicaine (…) Il est très mobilisé contre l’islamo-gauchisme, où il pense trouver la principale expression de l’antisémitisme contemporain. »

Eloge de l’entre-deux. Or, l’apparition de ces deux courants militants en opposition médiatique frontale — Jean-Michel Blanquer ou l’Unef, en somme — tendrait à exclure toute voie médiane : « Si vous n’êtes pas du côté de cette nébuleuse, vous ne pouvez exister dans le débat public qu’en adhérant aux orientations de ses ennemis, généralement droitières ou hyper-républicaines. » 

La solution ? Selon le sociologue, il faut plus de recherche et surtout l’enrichir des apports internationaux, au-delà de l’axe franco-américain dans lequel ce débat est confiné. « La plupart des pays d’Amérique latine se déclarent multiculturalistes dans leur constitution (…) mais des pans entiers de la littérature scientifique sur ces questions sont le plus souvent oublieux de cette partie du monde. »

Qu’en pense Frédérique Vidal ? La ministre était reçue le 27 avril à France inter et a précisé avoir reçu « mais pas lu » l’ouvrage de Michel Wieviorka, qui l’avait déposé à l’accueil du ministère. Son “rapport” ne contenait de toutes façons « aucune recommandation puisque celles-ci appelleraient une politique éloignée de celle [du gouvernement] » auquel la ministre appartient.

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