Les financements suisses joués à la loterie

— Le 25 juin 2021

Et le numéro complémentaire est le…
L’agence de financement helvète a introduit le hasard dans ses appels d’offres.   

Laisser faire le hasard ? Ce n’est pas du tout l’intention du Conseil de la recherche du Fond national suisse (FNS) qui distribue des financements sur appel à projets, tout comme l’ANR en France. « Nous avons confiance dans le peer-review, c’est une approche qui marche, sauf dans quelques cas spécifiques », affirme Matthias Egger, président de l’agence helvète.

Pile ou face. Pourtant, la possibilité pour les comités de sélection de recourir à une loterie a été mise en place depuis 2018. Le projet pilote portait sur des bourses de mobilité pour les postdocs et a fait l’objet d’une publication. Le principe vient d’être étendu à tous les appels pour trier les bons projets, proches de la “funding line”, les plus difficiles à départager objectivement.

En pratique. Le comité de sélection examine les rapports des reviewers, élimine les projets non compétitifs, attribue les financements aux « excellents » puis recommence avec les suivants. « Il reste parfois cinq ou dix projets de qualité comparable, pour lesquels s’engagent de longues discussions et où des arguments pas toujours acceptables sont échangés », confie Matthias Egger.

Les dés sont jetés. D’où l’introduction de la loterie, une solution auquel les comités n’ont recours qu’à la marge. « Certains comités ont des problèmes avec cette approche mais la grande majorité y est favorable car elle est plus juste ». Et les chercheurs ? Selon Mathias Egger, « l’acceptation est très élevée chez les chercheurs, notamment les jeunes. Ils préfèrent que l’agence confronte et développe une méthodologie qui prenne en compte l’aléatoire. »

Processus transparent. Quel que soit le résultat, les candidats sont informés s’ils ont été sélectionnés par le comité ou bien tirés au sort. Ainsi, même « si leur projet n’est pas ressorti de la loterie, ils savent qu’il était de qualité et qu’on aurait voulu le financer », explique le président du FNS. Les candidats malheureux pourront retenter la fois suivante, le taux de réussite étant aujourd’hui de 35 à 45% en Suisse.  
L’ANR envisage-t-elle le tirage au sort ?

L’an dernier, son PDG Thierry Damerval nous avait répondu ceci : pour être « satisfaisant d’un point de vue scientifique, la décision des comités [doit] primer. La meilleure réponse que je peux donner est l’augmentation des taux de sélection, comme nous le faisons ». Recontactée, l’ANR dit « rester sur sa ligne », tout en étant attentive aux expériences des autres agences.  

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