Nature en open est-elle un luxe ?

— Le 2 décembre 2020
L’annonce des tarifs en « open access » des revues du groupe Nature met les chercheurs au pied du mur.

Une brique pour une publication ! L’annonce par le groupe Springer Nature de ses tarifs pour le gold open access, l’extension d’un accord baptisé Projekt Deal signé avec l’Allemagne, occupe les esprits en cette fin d’année. En voici tout d’abord le détail :  

9 500 euros  c’est le prix pour publier un article, qui sera téléchargeable dès publication dans les 32 revues du groupe Nature à partir du 1er janvier. Les anciennes modalités de publi (abonnement et paywall) restent en vigueur.

5 000 euros  Le géant de l’édition a également annoncé une expérimentation concernant six revues (Nature Genetics, Nature Methods et Nature Physics, Nature Communications, Communications Biology et Communications Physics) à qui les auteurs pourront soumettre un manuscrit une seule fois pour les six. Une relecture fine (“guided review”) coûtera 2 190 dollars et, en cas de publication en OA, il faudra ajouter jusqu’à 2 600 euros.

Compliance au plan S. Les tenants de l’open access sont pris entre deux feux. Le géant de l’édition a enfin pris résolument le chemin de l’open, avec un an de retard par rapport au calendrier initial du PlanS. Mais pour les négociateurs français, l’annonce de Nature soulève une indignation, non encore publique.

Litanie de réactions. Le prix extrêmement élevé, voire « absurde », imposé par Nature fait débat. Il est deux fois plus cher que ses concurrents les plus onéreux pour un service équivalent (autour de 5 000 euros) et risque de favoriser les équipes, les institutions ou les pays qui « ont les moyens ».

Et pourtant, ça ne se refuse pas. On pense à l’introduction de La vie de laboratoire de Bruno Latour : « Larry entre croquant une pomme. Il parcourt le dernier numéro de Nature ». Le prestige de l’éditeur est tellement ancré dans la communauté qu’on voit mal un chercheur bouder l’opportunité de publier, d’autant que l’open access a le grand mérite de rendre ses travaux plus visibles.

Une concurrence qui ne vient pas. Si Science et son éditeur l’AAAS n’ont pas encore fait connaître leurs intentions, on voit mal comment Springer pourra être concurrencé efficacement, même par la toute nouvelle plate forme européenne Open science europe qui vient de publier ses guidelines.

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