Olivier Coutard : « Difficile d’imaginer un monde sans évaluation »

— Le 8 janvier 2020
Evaluer les équipes de recherche, oui mais comment ? Olivier Coutard, à la tête de la conférence des présidents de comité de section au CNRS, a sa petite idée sur le sujet et la livre à TMN.

Quand il s’agit de répartir les moyens de recherche, le “darwinisme” est-il de mise ?

Je vous propose de laisser le darwinisme de côté mais le principe a été énoncé clairement lors des 80 ans du CNRS : on ne peut pas être homothétique, on ne peut pas donner de l’argent à tout le monde. Aucun système n’est parfait mais l’apport d’une équipe à la connaissance scientifique peut s’apprécier et la meilleure manière de le faire est de la confier à des pairs. Le CNRS, comme d’autres, a signé la déclaration de DORA : il faut faire confiance au qualitatif et au substantiel plutôt qu’aux “signes extérieurs de richesse”, comme le prestige d’une revue.

De la qualité plutôt que de la quantité, alors. Comment faire ?


Faire de l’évaluation qualitative réclame du temps et des moyens or il est demandé de plus en plus de temps et de disponibilité aux chercheurs dans un contexte où ils en ont toujours moins. C’est ce que le CoNRS avait pointé en juillet : l’évaluation de la recherche, il n’y a que les chercheurs qui peuvent la faire. Commençons déjà par respecter l’engagement de la France des 1% du PIB à la recherche publique, soit de 5 à 7 milliards d’euros en plus par an.

Lier évaluation et financement est-il donc vain ?


Des liens entre évaluation et financement peuvent exister mais à la marge uniquement. La majeure partie du financement de la recherche étant les salaires, je serais défavorable à ce que les personnels de recherche aient des statuts réversibles et puissent être exclus du système après quelques années. Même s’il est évidemment difficile d’imaginer un monde sans évaluation, les exemples sont quand même très nombreux de chercheurs qui “stagnaient” en termes de critères d’excellence et dont les travaux ont donné lieu à des percées scientifiques.

En prend-on le chemin avec la future loi de programmation ?


Il ne faudrait pas donner trop de place à l’évaluation a priori, qui est beaucoup plus aléatoire : on finance des promesses. C’est un désaccord avec ce qui se dessine dans la loi LPPR qui prévoirait une augmentation, voire un doublement du budget de l’Agence nationale de la recherche qui ne distribue ses crédits que dans un cadre extrêmement étroit. Encourager la prise de risque oui, mais que l’essentiel du système repose sur des promesses, non.

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