Philippe Berta : « Il n’y a pas de volonté d’exclusion »

— Le 23 septembre 2020
La loi Recherche favorise-t-elle les sciences dures ? TMN a posé la question à Philippe Berta, député et rapporteur de la LPR, qui est également chercheur.

Pour vous, la loi Recherche a-t-elle « atteint sa cible », pour parler comme un publicitaire ?  

J’étais, il y a peu, à une réunion de responsables de masters où j’ai pu faire le constat qu’à part les syndicalisés, la majorité ne suit pas du tout. Ce n’est que mon point de vue mais on est tous dans nos bulles, dans un monde à part ; c’était aussi mon cas quand je n’étais pas député. Je suivais peu les lois, même celles qui auraient pu me concerner. Il m’a fallu étudier le dossier pour mesurer à quel point les cinq dernières années de financement de la recherche n’ont été qu’une goutte d’eau.

Quel est le péché originel ? Le manque de pédagogie ?

Il aurait déjà été intéressant que le courrier du ministère ait été reçu par tous les enseignants chercheurs de ce pays pour leur expliquer ce que la loi Recherche allait changer pour leur fiche de salaire. Le texte serait peut-être perçu différemment. La priorité a été donnée aux bas salaires : c’est sur cette population que la France décroche par rapport à l’OCDE. J’insiste sur le fait que la LPR reste un des plus grands investissements dans la recherche depuis la seconde guerre mondiale.

La loi défavorise-t-elle les sciences humaines ? 

Il n’y a pas de volonté d’exclusion même si c’est peut-être leur ressenti. Il est vrai que si j’étais chercheur en mathématiques, en sciences morales ou en période médiévale, je ne serais pas sensible à ce texte car ce n’est pas dans ces domaines que les moyens sont cruciaux pour être visible à l’international. Il y a pourtant eu, de la part des députés, une demande pour ouvrir plus l’ANR aux sciences humaines mais beaucoup de mes collègues en sciences humaines ne candidatent pas. Quand on met sur la table 20% de docteurs en plus et 100% de thèses financées, il faut aussi que les chercheurs en sciences sociales en soient conscients.

Les CDI de mission et les tenure tracks concentrent toutes les critiques…

Au cours de mes auditions, la demande pour la mise en place de CDI de mission était unanime. Pourquoi ? La loi Sauvadet “mettait dehors” au bout de six ans certains personnels, dans des conditions dégradées souvent sans même une publication ou un brevet à mettre sur le CV. Je comprends bien que ce n’est pas l’idéal mais nous n’avons pas les moyens de fonctionnariser tout le monde et, pour les intéressés, c’est le jour et la nuit. Mes propres enfants ont été embauchés sous ce régime, ça a été un pied à l’étrier vers le CDI tout court. Quant aux tenure tracks, ils resteront à la main des établissements.

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