Prendre un journaliste par la main

— Le 19 septembre 2020

Nous voici à la croisée des chemins.
Trouver la bonne publi ou le bon expert, tous les journalistes en sont-ils capables ? La loi Recherche propose de centraliser l’info.

De l’info « lue approuvée » ? C’est l’une des trois « initiatives nouvelles et ambitieuses » prévues dans le projet de loi Recherche (paragraphe 3.b.i, exactement) : la création d’un centre Sciences et Médias ayant pour but de « permettre la mise en contact rapide entre journalistes et chercheurs », ainsi que de « favoriser l’accès des citoyens à une information scientifique fiable ». 

D’inspiration anglo-saxonne. Même si les contours de ce futur centre restent très flous, la loi cite le modèle britannique du Science Media Centre. Le principe ? Une plateforme qui propose aux journalistes des communiqués, des notes, du fact-checking prémâché, ainsi qu’une sélection de scientifiques à contacter. Fondée en 2002 par Fiona Fox dans un contexte bien particulier, l’organisation à but non lucratif a depuis conquis de nombreux pays, non sans critiques.

Un œil en Suisse. A la fin de l’année dernière, lors de la consultation Médias et citoyens, le collectif NoFakeScience avait mentionné le Science Media Centre pour résoudre la question du « choix de l’expert » qui se pose aux journalistes. Se défendant de vouloir importer le modèle anglo-saxon en France, c’est l’exemple de la plateforme suisse Avis d’experts qui est mise en avant aujourd’hui. D’ailleurs, le CNRS a lancé en janvier dernier un service similaire : Trouver un expert.

La fin du journalisme scientifique ? Même si l’Association des journalistes scientifiques (AJSPI) n’a pas pris encore position officiellement, beaucoup craignent d’être confrontés à une version officielle de la science. Il y a bien une solution, évidente et consensuelle : former et embaucher plus de journalistes scientifiques plutôt que de créer un centre à l’existence déjà controversée. Et laisser plus de temps aux chercheurs pour parler de leurs recherches, avec ou sans intermédiaire.
Des sous et des médailles

D’autres mesures sont inscrites au chapitre sciences et sociétés. Pêle-mêle, la loi Recherche – en incluant les amendements déjà votés – prévoit :
– de réserver 1% du budget de l’ANR pour la culture scientifique – via des appels à projets, bien sûr !
un partenariat ANR/France télé pour financer la production de documentaires scientifiques (le quota de 10% proposé par les sociétés savantes n’a pas été adopté) ;
– créer une médaille de la médiation scientifique ;
un prix Inrae pour récompenser des recherches participatives ainsi que l’élaboration d’une charte entre acteurs associatifs et académiques.

Le « tiers secteur de la recherche » – comprendre les recherches participatives, si ça vous parle plus – est donc représenté dans la loi. On se souvient que le député LREM Pierre-Alain Raphan, à l’origine des amendements sur le sujet, était présent au colloque organisé par Alliss à l’Assemblée nationale en janvier dernier avec le président de l’Inrae, Philippe Mauguin.

À lire aussi dans TheMetaNews

Tout le monde se lèvera-t-il pour les Assises ?

« Nous préférons quitter la salle et ne pas nous joindre à ce qui nous apparaît comme un semblant de concertation ». Le geste était symbolique et calculé : le 26 mars dernier, alors que la première session plénière des Assises sur le financement des universités se...

Acheter moins pour chercher mieux ?

Demander un financement sur cinq ans à l’Agence nationale de la recherche (ANR) qui diminuerait de 10% chaque année, du moins pour la partie achat ? Une poignée de chercheurs, issus de sciences expérimentales comme la physique ou la biologie, construisent cette...

Duplomb, le cas d’école

« Une aberration scientifique ». C’est en ces mots que la pétition contre la loi dite Duplomb avait décrit le texte dont elle réclamait l’abrogation immédiate. En à peine quelques jours, plus de 2,1 millions de signatures avaient été recueillies sur le site de...