Roland Lehoucq : « La science-fiction hydrate la science »

Le festival les Utopiales était prévu pour ce weekend. Projetons-nous dans un monde non confiné avec son président, l’astrophysicien Roland Lehoucq qui, depuis 2012, ajoute une dose de science aux Utopiales.

— Le 30 octobre 2020

Quelle place a la science dans la science-fiction ? 

La science-fiction est née d’une sorte de fascination pour la science et la technique – la science est donc le moteur de l’intrigue. Mais c’est surtout une littérature qui fait interagir les humains avec la science – une sorte d’expérience de pensée sociale et politique. Les sciences essaient de comprendre le monde et la science-fiction en fait un récit.

A l’inverse, qu’apporte la science-fiction à la science ?

Pour les scientifiques, cela permet de se décoller un peu de ses travaux : en faisant un pas de côté, on peut mieux observer l’objet de son étude – c’est ce qu’on appelle la distanciation cognitive. Les scientifiques qui lisent de la science-fiction voient le point de vue des publics et les représentations que ces derniers ont de la science. En la mettant en situation, la science-fiction hydrate la science, la rend plus humaine et plus concrète.

Avez-vous un exemple ? 

Nos Futurs, l’anthologie que j’ai co-dirigée [avec Daniel Suchet, dont l’interview est à relire ici]. Elle met en récit les rapports du Giec – pour résumer un peu brutalement – afin de rendre plus digeste des choses que certaines personnes s’interdiraient de lire autrement. Dans un tout autre registre, nous souhaitions aborder aux Utopiales la Covid à travers le prisme de la science-fiction qui est très volontiers apocalyptique : qu’est-ce qu’il reste après une catastrophe ?

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