Rouvrir les universités (et les fenêtres)

— Le 11 décembre 2020

On disperse, on aère, on ventile.
Maintenir des conditions sanitaires optimales à l’université n’est pas évident mais les chercheurs se prennent en main et mesurent la ventilation des salles.

Dès la rentrée. Les facs pourraient rouvrir plus tôt que le 4 février initialement annoncé. Face à la situation préoccupante de certains étudiants, chercheurs et universitaires le réclament depuis plusieurs semaines (par des tribunes et des pétitions ici et ). Une reprise progressive dès le 4 janvier a été mentionnée par le Premier ministre devant Frédérique Vidal. La CPU, représentant les présidents d’université, également présente, appuie la décision.

De l’air, de l’air ! Un point crucial – et encore non éclairci – pour la ré-ouverture complète des campus reste la ventilation des salles. Cet été, deux articles ont montré la contamination au SARS-CoV-2 par aérosols (entre hamsters et entre furets). Certes nous ne sommes pas des furets, mais le spécialiste en dynamique des fluides Bruno Andreotti l’affirme, « en vertu du principe de précaution, mieux vaut aérer beaucoup plus » que les trois fois 10 minutes par jour préconisées. 

Des capteurs de CO2 « do it yourself » ont fleuri sur le web 

CO2 mon amour. La mesure de la concentration en CO2 est un bon indicateur de la qualité de l’air et elle est facile à effectuer. Des plans pour fabriquer “maison” des capteurs de CO2 ont fleuri sur le web. Alors que la limite officielle est de 1500 ppm, l’abaisser à 600 ppm améliorerait d’un facteur cinq la qualité de l’air (voir les conséquences un peu plus bas ). Que faire alors ?

Mesurer soi-même. Depuis septembre, Florence Elias se balade, capteur de CO2 à la main, dans les salles de cours de l’Université de Paris et a fait plusieurs observations intéressantes. Premièrement, avec la ventilation, on peut rester sous le seuil des 1000 ppm mais cela dépend du nombre d’étudiants – l’amphi est à moitié rempli sur la courbe de gauche ci-dessous .

La recherche en action, par Florence Elias.
Une ventilation qui joue des tours. Deuxième observation : la ventilation ne fonctionnait pas toujours et dans ce cas le taux de CO2 a dépassé les 2 000 ppm en 30 minutes (courbe de droite ). Moralité : « même si la ventilation est censée fonctionner, l’idéal serait d’équiper toutes les salles de capteur de CO2, pour détecter les cas comme celui-ci », conclut Florence Elias.

Une “recherche-action” locale. Enfin, mesurer les taux de CO2 et leurs conséquences pourrait être l’occasion de mener des recherches in situ avec la participation des étudiants. Mais cela demande un certain budget – compter 15€ pour un capteur de CO2, que l’université ne semble pour le moment pas prête à débourser. Faudra-t-il attendre la Covid-21 ?
Quel impact de l’aération sur la probabilité d’infection ? 
Au vu de la littérature, il semble peu probable que la probabilité de contamination à la Covid-19 varie linéairement avec la concentration en CO2, mais plutôt qu’il existe un effet de dose. Si c’est le cas, comme pour la tuberculose, « le maintien d’une concentration en dessous d’un seuil – à identifier – permettrait de réduire totalement les contaminations par aérosols dans les salles de cours », espère Bruno Andreotti.

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