Valentin Amrhein : « Détecter des abus statistiques doit devenir une priorité »

— Le 7 mai 2019
Ce n’est pas une pétition, même si cela y ressemble beaucoup, qui a allumé la mèche le 20 mars dernier dans un article de Nature.
854 scientifiques de tous horizons et de toutes nationalités, dont une trentaine de Français, se sont élevés dans ce texte contre la significativité statistique ou plutôt l’usage que les chercheurs en font. Le papier a atteint très rapidement des scores stratosphériques. Et pour cause, c’est une bonne partie de la manière de faire de la science que les “pétitionnaires” veulent totalement réformer car cela serait porteur de trop d’imprécisions et de fausses interprétations.
Et maintenant ? TheMetaNews a interrogé l’un des principaux “frondeurs”, Valentin Amrhein. 33

Votre pétition dans Nature a-t-elle d’ores et déjà été suivie d’effet ?

VA. : Nous avons eu un nombre important de réponses et beaucoup de retours positifs mais il est trop tôt pour dire si les choses vont changer à long terme. J’éviterais d’ailleurs le mot “pétition”, même si il est vrai que cela y ressemble beaucoup. Tous les chercheurs peuvent agir en prévenant leurs collègues.

Quelles erreurs sont-elles le plus souvent commises, selon vous ?

VA. : En cas de P>0,05 dans une étude ou lorsque l’intervalle de confiance inclut zéro, une différence ou une association est souvent écartée. Cette erreur se voit encore dans près de la moitié des papiers publiés. Il serait tout d’ailleurs aussi faux de déclarer qu’un résultat est vrai parce que P<0,05. C’est peut être le signe le plus clair que la manière dont nous utilisons ces outils est totalement fausse. 

Avez-vous planifié d’autres “actions” ?

VA. : Oui nous allons écrire plus de “comments” à destination d’autres journaux car, comme nous l’écrivions dans Nature, détecter des abus statistiques dans la littérature doit devenir une priorité pour la communauté scientifique.

Pour une liste pratique de Do’s & Don’t, lisez cette publi très complète d’American statistician parue également fin mars.

À lire aussi dans TheMetaNews

Élisabeth Bouchaud, la vie en deux actes

On accède au bureau d'Élisabeth Bouchaud, situé sous les toits d’un immeuble parisien, grâce à un de ces étroits escaliers en colimaçon. L’ambiance, ocre et rouge, y est méditerranéenne. Au rez-de-chaussée, la pièce du jour s'apprêtait à débuter ; l’ouvreuse appelle...