La France a les millennials qu’elle mérite

Les chercheurs français, fidèles à leur culture académique, critiquent la course à la citation, au contraire de leurs confrères étrangers.

— Le 19 juin 2020

Les millenials sont-ils accros à la citation ? Un article publié fin mai sur le rapport aux métriques bibliographiques de cette génération née entre le début des années 80 et la fin des années 90 est riche d’enseignement. L’étude est l’un des volets d’un projet de longue haleine, baptisé Harbingers, composé d’entretiens suivis sur trois ans et d’un questionnaire diffusé dans le monde entier (il y a un an TheMetaNews interviewait Chérifa Boukacem-Zeghmouri sur ce sujet). Elle permet notamment de comparer les habitudes des Français par rapport aux chercheurs de six autres pays. 

Les Français se distinguent. Les « millennials » (ou génération Y), aujourd’hui pour la plupart en postdoc ou tout juste titularisés, utilisent largement les métriques basées sur les citations (impact factor, h-factor…) à la fois pour évaluer leur propre travail ou juger celui des autres. Mais si 61% les utilisent en moyenne à l’international, cette proportion est de seulement 39% en France. « Les Français sont clairement critiques, ils ont des modes de fonctionnement plus réflexifs », déclare Chérifa Boukacem-Zeghmouri

Et les alternatives ? Les jeunes chercheurs français restent toutefois très méfiants par rapport aux « altmetrics » (voir encadré) : 80% des sondés ne les utilisent pas, contre 59% tous pays confondus. « C’est très facile de manipuler les métriques alternatives, je ne leur fais pas confiance. On peut facilement observer comment ces gadgets participent aux jeux d’influence », confiait l’un des Français interrogés durant l’enquête préliminaire.

L’exception française a du bon. Les Français restent attachés à la qualité des publications, quitte à produire moins. La tradition hexagonale de formation à la recherche et la politique d’évaluation moins agressive qu’au Royaume-Uni ou qu’en Chine les protège encore. « Un système d’évaluation basé uniquement sur les publications entraîne une véritable distorsion dans la recherche. Surtout lorsqu’on ne donne pas plus de moyens aux chercheurs pour travailler », conclut Chérifa Boukacem-Zeghmouri.

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