Les robots à la relecture

16.01.2026 • N° 562 • LA RECHERCHE ET SA PRATIQUE


Reviewer #2 vs ChatGPT

Moment de vérité. Quand on soumet son papier à une revue – ou à une conférence pour les informaticiens – le stress monte : l’éditeur et les reviewers vont-ils bien comprendre les résultats et apprécier leur originalité ?

Nouvelle donne. Depuis l’arrivée de l’IA générative, une autre question se pose pour les auteurs : les reviewers ont-ils passé le manuscrit à la moulinette de ChatGPT pour pondre leur rapport ? Si oui, que vaut sa relecture ?

Roulette russe. On peut déjà répondre à la première question : la probabilité est aujourd’hui d’environ 50%. Pour ce qui est de la seconde, on vous laisse juge après la lecture de notre analyse de la semaine.

Bonne lecture, 
— Lucile de TheMetaNews

Sommaire

→  ANALYSE  Bientôt reviewés par des IA ?
→  OUTIL  Anonymiser vos données sensibles
→  EXPRESS  La désinformation en santé, des scientifiques relaxés…
→  CHIFFRE  L’âge des publis « récentes »
→  EXPRESS Votre revue de presse
→  ET POUR FINIR Mimtendo

TEMPS DE LECTURE : 5 ou 10 MINUTES

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ANALYSE

Bientôt reviewés par des IA ?

Alors que le recours à l’IA générative explose dans la recherche, la question de son utilisation pour le peer review se pose et les éditeurs n’ont pas tous la même réponse.

    ↳ Reviewer à l’aide de ChatGPT ? Avec le recours de plus en plus systématique à l’IA générative, le phénomène était inévitable. « Je lis d’abord le papier pour me faire mon propre avis, puis je demande à ChatGPT de me donner le sien. Parce qu’il est généraliste, il n’est pas capable de déceler des erreurs dans les graphiques ou les références, ni de juger de l’aspect novateur des résultats mais cela me permet de vérifier que je n’ai rien oublié dans mon rapport » (…)

OUTIL

Anonymiser vos données sensibles

Amnesia haze. Vous utilisez des données sensibles pour vos recherches et avez besoin de les anonymiser ? Proposé par l’Open Access Infrastructure for Research in Europe (OpenAIRE), le logiciel Amnesia lance une nouvelle version offrant de nombreuses possibilités : pseudo-anonymisation, masking… le tout dans le respect du RGPD. Pour le tester – sur des données non sensibles – voici une démo en ligne et, si vous êtes convaincu, vous pouvez télécharger les versions Windows ou Linux.

EXPRESS

Pendant ce temps dans les labos

Fast-checking. Un rapport sur l’information en santé a été remis au ministre de la Santé qui lance en retour une stratégie de lutte contre la désinformation. Signé par le pharmacien Mathieu Molimard – nous vous en parlions –, l’épidémiologiste Dominique Costagliola et l’expert en intégrité Hervé Maisonneuve – relire notre interview –, le document recommande notamment la promotion de l’esprit critique et le renforcement de la formation scientifique. Au programme également la création d’un observatoire de l’information en santé, un info-score santé, la sanction des désinformateurs et la protection des scientifiques. Plus d’info mercredi prochain !

● Don’t do it. La Cour d’appel a relaxé quatre militants des Scientifiques en rébellion ayant participé à l’action au Muséum national d’histoire naturelle en avril 2022. Nous avions assisté au procès de huit d’entre eux – relire notre analyse –, ces quatre autres contestaient leur amende. Une « décision forte [qui] reconnaît la légitimité de la désobéissance civile face à la crise écologique », selon le collectif. 

● Enquête de mémoire. Vingt-sept ans après avoir été arrêtée et vu ses entretiens et notes confisqués, la sociologue Pınar Selek – relire notre interview – tente de reconstituer son matériel de recherche sur la résistance kurde dans un ouvrage publié chez Université Paris Cité éditions.

CHIFFRE

37 ans

Jusqu’à quand peut-on dire qu’une référence est « récente » ? Les auteurs d’une étude publiée dans le BMJ se sont amusés à analyser l’âge des références citées comme telles dans mille articles recensés par PubMed. Résultat : l’âge varie entre 0 et… 37 ans ! La moyenne est de 5,53 années mais près d’une référence sur cinq datait de plus de dix ans. Les auteurs concluent avec humour que la notion est utilisée avec pas mal d’élasticité dans le biomédical.

EXPRESS

Votre revue de presse

→ Sport co ? Les chercheurs qui utilisent des outils d’IA (au sens large) produisent plus et sont plus cités, révèle une nouvelle étude publiée dans Nature. Dans le même temps, les auteurs observent un rétrécissement des sujets traités et de leurs connexions, ce qui alerte plusieurs chercheurs interviewés par Science

Tri sélectif. Mais que font les éditeurs face à la recrudescence des tentatives de fraudes et notamment des paper mills ? Équipes dédiées au sein des maisons d’éditions – nous vous en parlions –, utilisation de logiciels de détection… Times Higher Education fait le bilan. Résultat : sur 125 000 papiers vérifiés chaque mois, environ 1000 sont pointés comme frauduleux. 

→ Écran opaque. Autre conséquence de la montée en puissance de l’IA dans la recherche : certains scientifiques ne vont plus sur le terrain. Des écologues des quatre coins du monde témoignent dans les colonnes de Nature.

Jet lag. Le comité éditorial de la Revue des composites et des matériaux avancés (RCMA) a collectivement démissionné. Depuis qu’elle avait été vendue par Lavoisier, la revue ne fonctionnait plus normalement – relire notre analyse sur les revues profanées. Retraction Watch publie la lettre de démission ainsi que la réponse du nouvel éditeur.

→ Ruée vers l’or. Les doctorants ne s’expatrient plus pour découvrir une nouvelle culture mais avant tout pour des raisons économiques, révèle une enquête de Nature reprise dans Courrier international ↯. Avec l’espoir de retombées financières et scientifiques certaines.

→ IA TD. Plusieurs études menées au sein des universités le montrent : les étudiants utilisent eux aussi de plus en plus l’IA générative. De quoi mettre au défi les enseignants (-chercheurs) qui continuent de pointer ses limites ↯, rapporte Next. Frédéric Pascal, auteur d’un rapport sur l’impact de l’IA sur l’enseignement supérieur, était également l’invité de la dernière vidéo de Grand Labo.

→ Intrusion. Nous vous l’avions mentionné il y a quelques mois : un enseignant-chercheur de Bordeaux était soupçonné d’ingérence étrangère et plus précisément chinoise. Il a été mis en examen, nous informe ICI Gironde (anciennement France bleu).

↯ : liens menant à des articles protégés par un paywall

MIMTENDO

Et pour finir…

Connaissez-vous cet instrument de musique tout droit sorti d’un labo ?