En cage pour la science

13.03.2026 • N° 577 • LA RECHERCHE ET SA PRATIQUE


La Planète des singes (en cage)

Surprise. « Quoi, on fait encore des expériences sur des primates en France ? » Voici la réaction de mon entourage – et peut-être aussi la vôtre si vous n’êtes pas du domaine – à l’annonce de mon sujet de la semaine. Un sujet peu médiatisé.

Cobayes. Eh oui, même s’il ne s’agit que de quelques centaines, milliers tout au plus, d’individus par an, des singes sont toujours utilisés à des fins scientifiques. Une pratique qui pourrait même se pérenniser avec l’agrandissement d’un centre d’élevage dans l’Hexagone.

Macaques et babouins. Le projet aurait pu suivre son cours de manière confidentielle. C’était sans compter l’action des associations qui ont poussé le CNRS à organiser un débat public et à saisir son comité d’éthique pour qu’il s’exprime (de manière inédite) sur l’expérimentation animale. 

À nu. Vaut-il la peine de faire souffrir ces animaux qui nous ressemblent tant ? Doit-on réduire l’expérimentation animale ? Les avis sont souvent radicaux, le compromis fatalement nécessaire. Nous avons interrogé chercheurs et militants associatifs pour notre analyse de la semaine.

Bonne lecture, 
— Lucile de TheMetaNews

Sommaire

→  ANALYSE  L’expérimentation animale est-elle irréductible ?
→  OUTIL  Détecteur d’IA fraudeuse
→  EXPRESS  De la science ouverte et des femmes sur Wiki
 CHIFFRE  Des special issues problématiques
→  EXPRESS Votre revue de presse
→  ET POUR FINIR Not my idea

TEMPS DE LECTURE : 5 ou 10 MINUTES

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ANALYSE

L’expérimentation animale est-elle irréductible ?

Faut-il élever davantage de primates pour la recherche en France ? Le projet du CNRS rouvre le débat brûlant autour de l’expérimentation animale.

     ↳ À quelques dizaines de kilomètres d’Aix-en-Provence se trouve la station de primatologie de Rousset. « Quand on entend primatologie, on pense aux travaux de Jane Goodall [célèbre éthologue états-unienne décédée en 2025, NDLR]. À Rousset, on en est loin », commente le militant antispéciste Nicolas Marty (voir encadré). Unité d’appui du CNRS, la station élève environ 300 primates mis à disposition des chercheur·ses d’institutions publiques (…)

OUTIL

Détecteur d’IA fraudeuse

Complices. À quel point les IA génératives acceptent-elles de frauder ? Deux chercheurs (l’un de chez Anthropic, l’autre à l’université) ont testé treize modèles de langage avec cinq profils type de scientifiques allant du curieux naïf jusqu’au fraudeur assumé. Les modèles les plus intègres (pour l’instant) ? Claude d’Anthropic, qui refuse de générer ne serait-ce qu’un canevas de publication. Encore peu connue , l’entreprise met en avant son éthique, notamment depuis son refus de suivre les exigences du gouvernement états-unien. Les pires ? GPT-4o-mini qui génère de fausses données ou Grok-4 qui produit un faux papier sans aucune réticence. Mais les choses peuvent vite évoluer et les auteurs expliquent comment effectuer leurs tests, vous pouvez donc éprouver vous-même votre IA préférée !

EXPRESS

Pendant ce temps dans les labos

● Mer peu agitée. Tout juste publié, le Baromètre de la science ouverte 2025 montre une stagnation dans l’ouverture des publis (62%), un léger recul sur celle des thèses (70%) et une progression lente mais certaine pour les données (27%) et les logiciels (21%). Par ailleurs, le Japon publie lui aussi son premier baromètre de la science ouverte sur le modèle français avec des résultats similaires : six publis sur dix sont en accès ouvert. Science ouverte toujours, l’Université de Bretagne Occidentale adopte une charte à ce sujet.

● Puzzle. Sur Wikipédia en français, seule une biographie sur cinq concerne des femmes. Le collectif Les sans PagEs tente de combler ce fossé de genre via la création et l’amélioration des articles sur les femmes, les féminismes et d’autres sujets sous-représentés. Vous souhaitez y prendre part et mettre en avant des femmes scientifiques ? Des ateliers d’initiation et de formation sont régulièrement proposés.

● Vite et (pas?) bien. La dissémination rapide d’information que permettent les preprints est perçue comme un atout pour nouer de nouvelles collaborations mais pas pour avancer dans la carrière, révèle une étude menée auprès de chercheurs dans le biomédical en Amérique du nord et déposée en preprint (normal) sur bioRxiv. Malgré les efforts de modération des plateformes soulignés par Science, les craintes quant à leur qualité persistent, ce qui pourrait expliquer leur faible progression dans la discipline.

● Gagnant-gagnant. L’évaluation qualitative – relire notre analyse – est-elle plus efficace ? Exigeant des CV narratifs depuis 2021, le Fond national de la recherche au Luxembourg a mené l’enquête : malgré son aspect chronophage, la pratique donne satisfaction aux candidats et semble utile aux évaluateurs.

Le comité Ouvrir la science publie un guide sur les plans de gestion de données ● Élargir la notion de science ouverte pour mieux y inclure les sciences humaines et sociales, c’est la proposition de ces chercheurs sur le blog Impact of social science ● Voici comment repérer les articles publiés dans des revues diamant sur la plateforme BibCNRS ● En finir avec l’expérimentation animale ? C’est plutôt non, on s’en doute, pour le président et porte-parole du Gircor – l’association des acteurs de la recherche ayant recours à des animaux – Ivan Balansard qui signe un ouvrage chez EDP sciences

CHIFFRE

12 000

Parmi les presque 90 000 special issues publiées par MDPI ces dix dernières années, 13,8% d’entre elles (soit environ 12 000) ont été identifiées comme problématiques : au moins un tiers des articles sont signés par le guest editor, révèle une étude déposée sur arXiv dont les résultats sont présentés ici de manière interactive. Les auteurs ont analysé le phénomène chez plusieurs maisons d’édition mais c’est l’éditeur de la « zone grise » MDPI – relire notre analyse – qui remporte haut la main la compétition catégorie conflits d’intérêt. Au total, les cinq maisons d’édition étudiées publieraient en moyenne chaque année plus de 1000 special issues problématiques contenant des dizaines de milliers d’articles.

EXPRESS

Votre revue de presse

→ Animal testing. Alors que le Royaume Uni et les États-Unis viennent de prendre des mesures afin de mettre fin aux tests sur les animaux dans la validation des médicaments – on vous en parle également dans notre analyse de la semaine –, Nature propose un tour d’horizon des méthodes alternatives prometteuses.

→ Faute avouée. La rétractation d’un papier n’entraîne pas toujours une mise au ban pour ses auteurs, surtout quand ils en sont à l’initiative. Après la rétractation d’un de ses papiers paru dans Science, la biologiste Nicole King a reçu des témoignages de sympathie, rapporte Nature. Un cas similaire à celui de la Nobel Frances Arnold dont nous vous parlions.

→ Agenda. Président de l’Office français de l’intégrité scientifique (Ofis) depuis septembre dernier, Michel Dubois dévoile dans Polytechnique Insights sa feuille de route pour l’Ofis avec notamment des actions ciblées sur la recherche privée et l’observation de pratiques des éditeurs.

→ De chair et d’os. « Avez-vous eu le droit d’être enceinte ? » Quand des femmes scientifiques viennent à la rencontre des lycéen·nes, les questions fusent, parfois inattendues. Un contact positif que souhaite institutionnaliser la chercheuse au CNRS Lauriane Mouysset, avec un budget dédié pour indemniser les intervenantes, plaide-t-elle dans une tribune au Nouvel Obs.

→ Étoiles dans les yeux. L’astrophysicien Ludovic Petitdemange se déplace avec aisance dans les couloirs de l’Observatoire de Paris et pourtant, sa vision est limitée. Ce qui ne l’empêche pas d’écrire les maths au tableau. Nous l’avions rencontré dans le cadre de notre enquête sur les chercheur·ses malvoyant·es, Le Monde dresse son portrait ↯.

→ Décompression. Nombre d’entre vous ont certainement déjà été confrontés à des reviewers récalcitrants. Vous allez donc certainement adorer lire cette série de témoignages et d’analyses sur le traitement des auteurs par les maisons d’édition dans Times Higher Education.

↯ : liens menant à des articles protégés par un paywall

NOT MY IDEA

Et pour finir…

C’est bien connu : tout ce qui est moins bien dans vos papiers provient… des reviewers.