
13.05.2026 • N° 591 • LA RECHERCHE ET SA POLITIQUE
Liens rompus
Sujet brûlant. Faut-il suspendre les partenariats entre les universités françaises et leurs homologues israéliennes ? La question agite la communauté académique française depuis le début de la guerre menée par Israël à Gaza en octobre 2023. Sans pour autant qu’un consensus n’émerge.
Pile et face. D’un côté, le gouvernement et les présidences d’universités appellent à la prudence, sans s’exprimer plus avant sur la question. De l’autre, des mobilisations jugeant ces partenariats illicites en regard du droit international, demandent leur résiliation immédiate.
En fusion. Las d’attendre une réaction institutionnelle, certains ont choisi la voie du droit et ont posé des recours devant la justice française contre deux ministères, dont celui de l’ESR, et huit établissements français. Leur initiative est au cœur de notre analyse du jour.

Bonne lecture,
— Noémie de TheMetaNews
Sommaire
→ ANALYSE Les partenariats franco-israéliens au tribunal
→ EXPRESS Commission d’enquête, protection à Nantes et fusion instable
→ LA VIE DE L’ESR Un JO étique, une fois de plus
→ EXPRESS Votre revue de presse
→ ET POUR FINIR Cartofolies
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ANALYSE
France-Israël, la justice tranchera
Les partenariats entre les universités israéliennes et leurs homologues françaises sont l’objet de nombreuses critiques : le volet judiciaire de cette polémique s’ouvre.

↳ Dans l’Hémicycle. Le 20 avril dernier, une cinquantaine de personnes étaient réunies à l’Assemblée Nationale sur invitation du député insoumis Arnaud Saint-Martin et de la Coordination antifasciste pour l’affirmation des libertés académiques et pédagogiques (CAALAP). « Un moment de réflexion collective et d’échanges, évidemment politique », avait euphémisé en introduction le parlementaire (…)
BRÈVES
Pendant ce temps-là dans la recherche
→ Encore et encore. Les auditions de la Commission d’enquête sénatoriale sur « la capacité des universités françaises à garantir l’excellence académique du service public de l’enseignement supérieur » suivent leur bonhomme de chemin. Présidée par Pierre Ouzoulias (groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste – Kanaky) et avec pour rapporteure la sénatrice Laurence Garnier (Les Républicains), la commission a auditionné la semaine dernière les ex ministres Sylvie Retailleau et Frédérique Vidal. Le sujet de l’islamogauchisme supposé de l’université — polémique attisée par cette dernière en 2021 (relire notre analyse) — est, malgré les préventions, arrivé sur la table au détour d’une question qui lui était adressée par la rapporteure. Pas de suspense, l’ex ministre botte en grande partie en touche mais estime que la polémique a permis de faire « un vademecum » de l’expression publique des chercheurs, dont on cherche encore la trace •
→ RNfifi nantais. Après les propos plus que désobligeants de la part du vice-président du Rassemblement national Sébastien Chenu à propos des femmes sociologues (relire notre news), l’extrême-droite fait à nouveau parler d’elle dans l’enseignement supérieur : le collectif identitaire se réclamant du féminisme Nemesis suscite la colère de syndicats (CGT Ferc-Sup, FSU, Sud Education et CGT SNTRS) à Nantes Université suite à une « odieuse campagne de dénigrement » à l’encontre d’une enseignante-chercheuse de l’établissement menée sur X par une des militantes , sur la base de clichés pris lors d’un cours sur la sociologie politique du vote RN. La présidence de Nantes Université a accordé la protection fonctionnelle à la scientifique concernée •
→ Fusion instable. Une pétition demandant un moratoire de la fusion entre l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (Abes) et l’Agence de mutualisation des universités et établissements (Amue) a été lancée fin avril ; elle compte environ 800 signatures à l’heure où nous écrivons ces lignes. Voulue par le ministère et préfigurée par un rapport commandité par le MESRE à Guillaume Gellé resté confidentiel [MàJ le 13 mai à 13:38, le rapport en question ne provenait pas de l’IGESR], cette fusion ne se déroule semble-t-il pas sous les meilleurs auspices puisque l’actuel directeur de l’Abes Nicolas Morin est donné partant pour début juin, sans qu’un administrateur provisoire n’ait pour l’instant été nommé, selon les informations de l’intersyndicale des agents Abes-Amue qui fait feu de tout bois pour obtenir a minima un moratoire sur le projet. Initialement prévu pour janvier 2027, cette fusion « fragiliserait » les réseaux documentaires de l’ESR. La balle est dans le camp du ministère •
→ Infos en passant… Le 12 mai, l’Assemblée nationale votait le projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030, prévoyant 36 milliards d’euros supplémentaires sur la période concernée. Nous y reviendrons • Le consortium Couperin, qui rassemble les spécialistes de l’information scientifique et technique, publie un document analysant l’intégration de l’intelligence artificielle dans les ressources documentaires • Le réseau des Sociétés d’accélération du transfert de technologie (SATT) publie quant à lui son vademecum pour « clarifier, harmoniser et consolider les pratiques au sein des SATT » •
EXPRESS
C’est la vie de l’ESR
→ Au JO cette semaine. Notre lectrice et amie du journal Emmanuelle Bourneuf vient d’être nommée vice-présidente Arts, culture, sciences et société à l’Université Paris-Saclay, en remplacement d’Hervé Dole. Relire son témoignage d’élue locale dans notre récente analyse • Thomas Bausardo est nommé membre du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), au titre des personnalités représentant les grands intérêts nationaux, en remplacement de Marc Sagot • Marie-Pauline Martin, docteure en histoire de l’art, est nommée directrice de la Cité de la musique – Philharmonie de Paris •
→ Et si c’était pour vous ? Les fonctions de directrice ou directeur de l’Université de technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM) sont déclarées vacantes à compter du 1er septembre 2026 •
EXPRESS
Votre revue de presse
→ Supercherie démasquée. Nous vous en parlions il y a quelques semaines, Florent Montaclair, enseignant-chercheur à l’université de Besançon, était poursuivi pour avoir monté de toutes pièces une médaille d’or de philologie, présentée comme le Prix Nobel de la discipline… et se l’être attribuée. Une sanction disciplinaire émise par son établissement l’empêche désormais d’exercer toute fonction d’enseignement ou de recherche dans un établissement public d’enseignement supérieur, rapporte Le Parisien.
→ Pas woke. Toujours du côté des sanctions disciplinaires, Le Figaro publie une enquête sur le sujet où des enseignants-chercheurs dénoncent « des procédures disciplinaires abusives engagées à leur encontre à des fins militantes » ↯. Deux collectifs auraient été créés pour lutter contre la multiplication de ces signalements. Certains des chercheurs y participant, comme le décidément incontournable Xavier-Laurent Salvador — dont Etienne Ollion nous parlait — connu pour dénoncer un « wokisme » dans l’ESR, notamment dans les sciences sociales.
→ En petite pompe. Dans sa rubrique pour L’Humanité, le mathématicien et ancien député Cédric Villani revient sur l’annonce de la réouverture du Palais de la Découverte prévue pour 2027 ↯, dont le sort n’était pas assuré l’année dernière, nous vous en parlions. Sylvie Retailleau, récemment nommée à la présidence de l’établissement Universcience, revenait également sur le sujet dans nos colonnes
→ En cascade. Depuis le début du conflit en février, les bombardements étatsuniens et israéliens des infrastructures civiles iraniennes auraient endommagé une trentaine d’universités et détruit des milliers de livres et de manuscrits. Des faits dénoncés par plus de 1 400 universitaires internationaux, rapporte Nature.
→ Comme de l’eau de roche. « L’ENS n’est pas à vendre » : c’est le nom d’une pétition signée par plus de 200 étudiants et chercheurs de l’École normale supérieure (ENS) qui dénoncent l’influence des entreprises privées sur les projets de recherche scientifiques de l’établissement et réclament une transparence totale de ces accords, rapporte France Info. Nous vous parlions également du secret derrière les mécénats.
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CARTOFOLIES
Et pour finir…
Pouvez-vous donner à votre futur enfant le nom d’un département ? La réponse en carte.