La liberté des uns…

08.09.2023 • LA RECHERCHE ET SA PRATIQUE


Libre et engagé

Responsables. La recherche doit-elle répondre aux besoins de la société ? Pour certains, la réponse est évidemment oui : les chercheurs, quand ils payés par de l’argent public, doivent rendre des comptes. C’est le cas notamment de l’association Sciences citoyennes, qui promeut les sciences participatives.

Mais pas coupables. D’autres crient à une “mise au pas de la recherche”, craignant de perdre leur liberté, à l’image de chercheurs québécois fin 2022. Ils réagissaient à une nouvelle évaluation des financements de doctorat à l’aune d’objectifs de développement durable ou d’équité, de diversité et d’inclusion.

Pourquoi choisir ? Les deux ne sont pas incompatibles, nous dit Stéphanie Ruphy, philosophe des sciences – mais aussi docteure en astrophysique. Elle livre des exemples concrets. Imprévisibilité, engagement, choix des sujets de recherche… Lisez sans plus attendre notre interview de la semaine !

À très vite, 
— Lucile de TheMetaNews

Sommaire

→  INTERVIEW  La philosophe Stéphanie Ruphy parle d’engagement
→  OUTIL  Restez e-veillé·es !
CHIFFRE L’ouverture des publis suite aux accords transformants
→  EXPRESS  Votre revue de presse
→  ET POUR FINIR Album de thèse

TEMPS DE LECTURE : 5 ou 10 MINUTES

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INTERVIEW

« Une science guidée par l’usage peut être féconde et surprenante ! »

Neutralité de la science, recherches co-construites, impartialité… La philosophe Stéphanie Ruphy démystifie ces concepts face à un sentiment de responsabilité qui monte parmi les chercheurs.

La recherche se doit-elle d’être utile et de répondre aux besoins de la société ? Ou bien peut-elle rester “désintéressée” ?

   ↳ Ces deux conceptions sont apparues à des moments différents dans l’histoire des sciences. L’idée d’une science désintéressée, valorisant la production de connaissances indépendamment de leur utilité sociale, remonte à Aristote ou Platon, au tout début des démarches de connaissance du monde ne faisant pas appel à des causes surnaturelles. Un changement s’est progressivement opéré à partir du XVIIème (…)

OUTIL

Restez e-veillé·es !

Pour votre recherche, vos enseignements, ou autre, votre veille est-elle au point ? Rémi Joinville, co-responsable de l’Urfist de Rennes, met à disposition son support de formation sur le sujet. Au programme : définir vos besoins, choisir ses outils mais aussi penser à diffuser les informations récoltées ! 

CHIFFRE

13,8%

C’est la part d’articles en accès ouvert en 2022 dans les revues concernées par les accords dits transformants – ces accords avec les éditeurs qui couplent les dépenses d’abonnement et de publication pour une institution. La nouvelle plateforme Hybrid Open Access Dashboard reprend les données publiques concernant plus de 12 000 revues et 1,8 millions de publications : elle permet de visualiser l’ouverture par éditeur, année ou pays. La Suède est en tête avec 75% d’ouverture alors que la France affiche un taux proche de la moyenne mondiale (13,5%). Le chemin est encore long !

EXPRESS

Des infos en passant

● La recherche est un sport (de combat ?). À un an des JO et alors que s’ouvre la coupe du monde de rugby, les organisateurs de la Fête de la science semblent vouloir surfer sur la vague sportive pour cette édition 2023 qui aura lieu cette année du 6 au 16 octobre en France métropolitaine. De son côté, le CNRS ouvre ses portes la même semaine avec ses Visites insolites. Si vous voulez jeter un œil aux labos des collègues ou y amener vos enfants – ou nièces et neveux –, il faut s’inscrire avant le 20 septembre.

● Égo, quand tu nous tient. Les chercheuses jouent davantage le jeu de l’open science pendant que leurs homologues masculins qui privilégient leur réputation, conclut une étude tout juste publiée dans la revue Research Policy. Se basant sur plus de 200 000 publications en économie, les trois auteurs y voient une explication au fameux “gender gap” dans la recherche.

● Donne moi ton DOI, je dirai qui tu es. Le Digital Object Identifier, propre à chaque publi, permet à des chercheurs de cartographier les publications et les éditeurs – saviez-vous qu’une partie du DOI code pour la revue ? Mais tout un pan de la littérature manque à l’appel : dans les pays en développement, l’utilisation du DOI n’est pas encore tout à fait rentrée dans les mœurs, déplorent les auteurs de cette étude parue dans Frontiers in Research Metrics and Analytics.

EXPRESS

Votre revue de presse

Nouveauté de cette rentrée, nous vous signalons les liens menant à des articles derrière un paywall grâce à ce symbole : 

→ Veille funebre. Un chercheur assassiné par son doctorant : c’est arrivé dans l’Université de Caroline du Nord. Nommé professeur le mois dernier en sciences des matériaux, Zijie Yan semblait très apprécié de ses collègues. Le doctorant, qui n’avait apparemment jamais menacé son encadrant, a été arrêté sur le campus juste après son crime, informe Science.

→ Auteur-fantôme. L’auteur de huit articles publiés dans des revues d’Elsevier n’existe en réalité pas. Le référent intégrité de la National Technical University de Singapour a mené l’enquête, raconte Retraction Watch.

→ Sending out a SOS. Au Royaume-Uni, les postdocs étrangers envisagent de fuir suite aux hausses des frais de santé et de visa – une addition de près de 5000 £ –, explique Times Higher Education. Parallèlement, le harcèlement reste trop ancré dans la culture des plus grandes universités britanniques, dénonce l’astrophysicien Wyn Evans dans les colonnes du même média.

→ Fantasmes et paillettes. En juillet, une équipe coréenne annonçait avoir enfin atteint le Graal : la découverte d’un supraconducteur à température ambiante, depuis démentie. Gros sous et prix Nobel à la clé, Le Monde revient sur cet épisode digne d’un policier ↯. De son côté, Nature s’interroge : cette découverte, si elle arrivait un jour, serait-elle vraiment une révolution ?

→ Souris à la Une. « Les rapports de force dans la société se transposent dans le fait qu’on va davantage étudier certains phénomènes que d’autres » explique Stéphanie Ruphy dans notre interview de la semaine. Est-ce pour cette raison que personne n’a jamais reproduit les études du controversé Gilles-Éric Séralini sur le caractère cancérigène des produits de Monsanto ? Il répond aux questions de Reporterre.

→ Croisière surprise. Le sujet a fait le tour de toutes les rédactions de France et de Navarre : un brise-glace australien est parti à la rescousse d’un chercheur malade sur la base scientifique de Casey en Antarctique : 3400 km de traversée en mer et une heure d’hélico (précision du Marin) auront permis aux sauveteurs australiens de retrouver leur compatriote, rapporte la BBC.

ALBUM DE THÈSE

Et pour finir…

Un doctorat se finit souvent par un manuscrit. Et pourquoi pas le mettre en musique ?