L’été en dix infos (2/2)

Problèmes éthiques à l’IHU de Marseille, accusations de plagiat outre-Manche, IA dans les publis biomédicales et démographie des docteurs pour poursuivre cette rentrée.

— Le 4 septembre 2026

La première partie de notre série sur les dix infos à ne pas manquer en cette rentrée est à lire ici.

L’IHU de Marseille à la dérive

Cité fausséenne. L’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille est de nouveau sur le devant de la scène. Une équipe de neuf scientifiques a passé au crible l’intégralité des publications de l’organisme — anciennement dirigé par nul autre que Didier Raoult ; leurs résultats (sans appel) ont été publiés le 12 août dernier dans la revue Research Integrity and Peer Review de Springer Nature. « Nos conclusions révèlent des problèmes généralisés et persistants de conformité à l’éthique de la recherche au sein de la bibliographie de l’IHU-Mi et soulignent la nécessité d’un examen éditorial et institutionnel continu », ont détaillé les auteurs. Et pour cause, sur les 2674 articles publiés entre 1994 et 2024, 853 présentent des « préoccupations éthiques et juridiques » variées : des approbations éthiques obtenues a posteriori de l’étude (pour au moins 75 articles), l’absence pure et simple d’autorisation éthique (pour près de 340 articles) ou l’absence d’autorisations locales pour mener des recherches à l’étranger (pour 194 papiers). Rien que ça. Et les auteurs — dont la “détective” Elisabeth Bik, que nous avions interviewée — ont poussé encore plus loin le constat : sur l’ensemble des publications étudiées, 64 ont été rétractées et 270 ont reçu des « expressions of concern ». Pierre-Edouard Fournier, directeur de l’IHU depuis la mise au banc de Didier assure à nos confrères du Monde que « toutes les recommandations issues de ces rapports et des ministères de tutelle [recherche et santé] ont été mises en place et qu’aucun manquement en matière d’intégrité scientifique ou d’éthique n’a été relevé depuis. »

Plagiat Outre-Manche

En cascade. Rares sont les affaires de plagiat qui sortent de la sphère académique. Cet été, le sociologue Jason Arday, plus jeune professeur noir de l’université de Cambridge, a fait face à de lourdes accusations de plagiat très largement reprises dans la presse britannique. Le 15 août dernier, la famille de Jason Arday annonçait le décès de ce dernier, la piste du suicide étant privilégiée par la police britannique. La polémique a éclaté en juillet dernier suite aux allégations de plagiat émises par le philosophe américain Nathan Cofnas, démis de ses fonctions à Cambridge en 2024 pour des propos racistes. Les propos de ce dernier ont rapidement été repris par les médias britanniques de droite, Telegraph en tête. « Ce qu’il s’est passé avec Jason Arday a déjà eu lieu dans d’autres universités, avec d’autres professeurs, sans pour autant faire la Une des journaux (…) Il était considéré comme une cible acceptable en tant que professeur noir – et on a pu l’attaquer bien plus facilement que s’il avait été un professeur blanc », explique le politiste Aurélien Mondon, professeur à l’université de Bath, dans Libération. En sous-texte également, la défiance grandissante contre le milieu universitaire d’une partie de la classe politique. Suite à son décès, une pétition dénonçant « un harcèlement médiatique » a recueilli plus de 15 000 signatures, dont de nombreux universitaires de Cambridge mais également des députés ou encore le leader des Verts britanniques Zack Polanski. Le 20 août, l’Université de Gand — où exerçait Nathan Cofnas — a décidé de suspendre temporairement ce dernier et a annoncé ouvrir une enquête disciplinaire. Des chercheurs de l’établissement ont également publié une lettre ouverte avec un message clair : « La diffusion publique d’idéologies racistes sous couvert de recherche scientifique représente un danger pour la recherche scientifique en général. »

L’IA s’installe

Sans issue. Le chiffre a de quoi surprendre : 90 % des articles biomédicaux présenteraient des signes de recours à l’IA. C’est le résultat d’une étude publiée le 2 août dernier sur la plateforme de prépublication arXiv, dans laquelle des chercheurs ont cherché à estimer l’utilisation des Large Language Model (LLM) dans des articles biomédicaux en libre accès issus de l’archive ouverte PubMed Central. Ce sont ainsi plus d’un million d’articles publiés entre 2017 et 2025 qui ont été étudiés. Les chiffres obtenus sont nettement supérieurs aux estimations précédentes. Les auteurs de l’étude pointent que ces résultats sont cohérents avec ceux d’une enquête menée en 2025 dans laquelle 71 % des chercheurs interrogés déclaraient utiliser l’IA comme aide à la rédaction. 

Allô Docteurs

Point chiffré. Avant l’été, le service statistique ministériel de l’enseignement supérieur (SIES) publiait une note sur les effectifs des docteurs en France. En 2025, le nombre de diplômés augmente ainsi de 1 %, après une baisse de 3 % en 2024 pour un total de 14 900. Un chiffre qui « reste inférieur au niveau de 2023, plus haut niveau observé depuis la mise en place de l’enquête (2009), en raison d’un rattrapage suite à la pandémie », pointe la note. Avec une forte disparité dans les disciplines puisqu’il est en baisse dans six disciplines sur dix — comme les sciences de la terre et de l’univers, espace, les sciences et technologies de l’information et de la communication ou la chimie. À noter cependant, une hausse non négligeable de 12,7% pour les SHS. Quelques indications également sur les financements de thèse. Si huit étudiants sur dix inscrits en première année de doctorat bénéficient d’un financement dédié, « la proportion de thèses non financées est en hausse » : 21% à la rentrée 2025 contre 19% en 2024. « La situation financière des doctorants inscrits en première année demeure cependant très différente selon le domaine scientifique », détaille la note. Les docteurs en SHS étant plus susceptibles d’exercer une activité rémunérée en parallèle de leur thèse. 

Sur les starting blocks

 L’European Research Council (ERC) a annoncé le 2 septembre les lauréats de son dernier appel Starting Grant, s’adressant comme son nom l’indique aux jeunes chercheurs en début de carrière. Au total, ce sont 705 millions d’euros qui seront attribués à 421 chercheurs — 113 en science de la vie, 169 en sciences physiques et ingénierie et 139 en SHS — à travers l’Europe, dont 38 dans des laboratoires français (félicitations à eux !). « C’est le meilleur investissement que nous puissions faire pour renforcer encore davantage notre base de recherche et l’avenir de l’Europe », pointe consensuellement Maria Leptin, présidente de l’ERC. À noter également : sur l’ensemble des lauréats, 21 chercheurs résident actuellement hors d’Europe, dont 20 aux États-Unis.

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