L’été en dix infos (1/2)

La science française décroche, le CNRS rationalise, la Cour des comptes bouscule, les USA regardent l’horizon et un baromètre universitaire pour commencer l’année.

— Le 2 septembre 2026

La France aux abonnés abscience

Queue de peloton. L’étude publiée le 26 août dernier par l’Observatoire des sciences et techniques (OST), institution appartenant au Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), baptisée La France dans la compétition scientifique mondiale : Radioscopie d’un décrochage ? est un coup de tonnerre dans un ciel déjà bien chargé. Menée par son directeur, l’économiste Nicolas Carayol, avec le soutien de la Direction générale de la recherche et de l’innovation du ministère, elle dresse un constat accablant de la recherche française sur la période 2005-2025, que ce soit en sciences physiques et de l’ingénieur, sciences de la vie ou, dans une moindre mesure, en sciences humaines. En 20 ans, la science hexagonale a en effet dévissé sur tous les indicateurs explorés pour les besoins de l’étude, passant par exemple de la 6e à la 13e place en termes de volume brut de publication. En outre, l’étude de l’OST met en évidence la position maintenant prépondérante, voire hégémonique, de la Chine tant en volume qu’en qualité de publications, les USA ne les devançant encore que sur un critère composite baptisé « audience ». « On a l’habitude des hiérarchies stables dans la science, en réalité cela évolue rapidement à l’échelle d’une décennie », analyse Nicolas Carayol. Évidemment au parfum des résultats navrants de cette étude, le ministre de la Recherche Philippe Baptiste a estimé le 26 août dernier lors d’une table ronde à l’université d’été du Medef qu’ils étaient « franchement catastrophiques ». Reste à en déterminer les causes : extension des appels à projet, sous-investissement chronique, poids administratif voire impact des politiques de science ouverte ? C’est un travail qu’a d’ores et déjà entrepris l’OST.

USA : la doctrine contre le déclin

Les mots pour le dire. C’est un document très informatif qui a été publié en juillet dernier par l’administration étasunienne. Baptisé Science : A new golden age, il s’agit ni plus ni moins que d’un plan de réforme pour la recherche du pays, percutée de toutes parts par les décisions de l’administration Trump depuis le début de son second mandat (nous vous en parlions). Ce document très peu chiffré signé de la main de Michael Kratsios, le conseiller scientifique de Donald Trump, et préfacé par ce dernier, détaille en effet sur plus de 100 pages la nouvelle doctrine de la recherche outre-Atlantique, en une sorte de copié-collé de celle de 1945 commandée au scientifique en chef d’alors, Vannevar Bush. La première évidence est que les USA sont conscients de l’irrésistible ascension de la Chine, la seconde que ses préconisations sont en droite ligne de décisions déjà entérinées par l’administration Bush, comme la réduction des moyens aux universités en faveur de financements individuels, l’affaiblissement du peer review… au profit d’une accélération technologique centrée sur certains domaines comme l’IA ou la robotique. Rien évidemment sur les mesures les plus nocives à la liberté académique prises contre l’idéologie “woke” ou la censure de mots-clefs dans les publications. Ce nouvel “âge doré” promis à la science américaine n’en est-il que le chant du cygne ? L’histoire jugera.

Le CNRS rationalise ses instituts… 

… et accueillera l’IRD. Les premiers pas d’un nouveau PDG sont toujours scrutés avec attention, la nomination du physicien Thierry Dauxois à la tête du CNRS ne fait pas exception à cette règle. À l’aube de la dernière loi de finances de l’ère Macron, marquée par de nombreux reculs budgétaires malgré les promesses de la loi de programmation de la recherche de 2019, le PDG s’est adressé aux directrices et directeurs d’unité le 27 août dernier en détaillant la première mesure de son quinquennat : la réduction du nombre d’instituts au sein de l’organisme de recherche. Déjà annoncée, « cette réforme est avant tout guidée par des raisons scientifiques et non budgétaires », assure-t-il en préambule. « Le redécoupage proposé (…) repose sur des critères objectifs » et amènera à la création de CNRS Terre & Biosphère, CNRS Univers & Particules, CNRS Physique & Ingénierie, CNRS Mathématiques & Informatiques, en remplacement des sept préexistants. L’atterrissage est envisagé pour la fin de l’année 2026 après consultation des différentes instances internes tout en maintenant le suspense sur « le rapprochement entre le CNRS et l’IRD », annoncé le 27 juillet dernier — nous vous en parlions avant l’été. Ce point fera l’objet d’une communication ultérieure : il ne fait donc plus aucun doute à ce stade que le premier inclura le second dans les mois à venir. Pour le directeur délégué à la science de l’IRD Philippe Charvis, il s’agit avant tout de « rester vigilant quant au rapprochement avec le CNRS pour éviter une absorption unilatérale ». Les agents et syndicats de l’IRD, très remontés, veillent au grain.

La Cour des comptes jette un pavé dans l’ESR

Ballon sonde. C’est un petit jeu auquel la politique française nous a habitués : la fuite organisée ou non d’un rapport jugé « explosif » dans la presse suivi de dénégations outrées des acteurs concernés. Il en est ainsi avec la publication dans le média spécialisé La Lettre d’un relevé d’observations provisoires de la Cour des comptes, le premier d’une série de quatre à paraître d’ici la fin de l’année. Ses conclusions sont plutôt abrasives puisqu’il propose rien moins que, pêle-mêle, transformer les organismes de recherche, le CNRS en première ligne, en “méta-agences” de programme et remettre les universités au centre du jeu. Ces mêmes universités seraient dispatchées en trois catégories : les universités « à haute intensité de recherche », les « universités régionales de recherche » et celles qui seraient cantonnées à l’enseignement supérieur. Abrasives peut-être mais pas franchement nouvelles puisqu’Emmanuel Macron ne disait pas autre chose aux 50 ans de France universités le 13 février 2021 à l’aube de son second mandat (nous en discutions avec vous)… sans que, cinq ans après, ses dires aient été vraiment suivis d’effets. Le ministère de la Recherche, dans sa réponse à la Cour des comptes que se sont procuré nos confrères de News Tank, s’inscrit en faux mais gageons que les propositions des sages de la rue Cambon se retrouveront dans les programmes des présidentiables, au premier rang desquels Édouard Philippe ou Gabriel Attal, héritiers putatifs d’Emmanuel Macron.

Une crise des vocations à l’université ?

Qui est in ? La Conférence des praticiens de l’enseignement supérieur et de la recherche (CPESR) a publié la dernière mouture de son Baromètre sur l’entrée dans la carrière des enseignants-chercheurs, avec quelques analyses chiffrées à la clef : entre 2025 et 2026, le nombre de postes mis au concours a baissé de 21%, passant de 1628 à 1279, avec un paradoxe : « Les départs à la retraite s’accélèrent, les ressources disponibles pour recruter recommencent à baisser ». Les recrutements sont en effet dorénavant dépendants des moyens des établissements, « la conséquence d’une politique de transfert de nouvelles charges, par l’État vers les établissements, mais sans compensation ». Autre fait marquant : un début de « crise des vocations » pour ces postes, puisque « pour la quatrième année consécutive, le nombre de postes non pourvus augmente. En 2024, 141 postes n’ont pas été pourvus, soit 9 % [un] record sur la période observée ». 

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