Sylvain Laurens : « La vulgarisation est investie par les lobbys »

Co-auteur des Gardiens de la raison (éditions La Découverte) avec deux journalistes du Monde, Sylvain Laurens dénonce les nouveaux mécanismes de la désinformation scientifique.

— Le 2 octobre 2020

On reconnaît un bon sociologue à sa bibliothèque.

Est-ce en tant que chercheur que vous avez participé à ce livre ?

C’est avant tout une enquête journalistique, pas un ouvrage académique destiné à être présenté dans des séminaires. Il s’agit plutôt d’un cri, d’une prise de position, qui aurait pu prendre la forme d’un essai, sauf qu’on voulait être plus factuel et poser des éléments empiriques. Nous avons mené de nombreux entretiens et nous nous appuyons sur des preuves. Et c’est aussi en tant que chercheur voyant son propre univers professionnel détourné de sa finalité que je cosigne le livre.

Pourquoi les chercheurs doivent-ils s’emparer du sujet ? 

Les chercheurs en poste se sont éloignés des activités de vulgarisation, alors que cet espace de la médiation peut donner des prises aux industriels. De plus, la diminution du nombre de postes incitent de nombreux jeunes scientifiques à se lancer dans la médiation afin de garder un lien avec la science, sans avoir toutes les clés : ce milieu fait l’objet d’investissements par des lobbyistes.

Quel est le problème avec la communauté de jeunes vulgarisateurs que vous dénoncez ? 

On ne dénonce pas une communauté. Lorsqu’on est vulgarisateur, on ne parle pas seulement de son domaine de compétence et il arrive que certains reprennent des arguments sans vérifier d’où ils viennent. Mais l’immense majorité est de bonne foi. Le livre montre notamment le rôle joué par les agences dites de micro-influence qui se donnent pour tâche de repérer les chaînes Youtube les plus pertinentes pour leurs clients et les nourrir en contenu.

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