À vos manips… répliquez !

27.02.2026 • N° 574 • LA RECHERCHE ET SA PRATIQUE


Un chercheur heureux en vaut deux

Hémicycle. Lundi j’étais au Sénat. Pas pour entendre parler de pesticides, de protoxyde d’azote ni des JO 2030, mais de science. Si, si.

Côté jardin. Dans une salle annexe, des docteurs et doctorants rendaient leurs propositions pour améliorer la diffusion des connaissances et le fonctionnement de la science (voir nos brèves). Vaste programme.

Pour votre bien. Issues d’une convention ayant réuni 50 d’entre eux, elles visent notamment à « l’épanouissement des 300 000 chercheurs français », qui pourront ainsi mieux se consacrer à la médiation. Qui dit mieux ?

Solide. La transparence des résultats était également au programme. Un sujet que nous abordons encore une fois cette semaine avec des initiatives très concrètes de réplication d’expériences… et des obstacles que les chercheurs ont dû surmonter.

Bonne lecture, 
— Lucile de TheMetaNews

Sommaire

→  ANALYSE  Répliquer n’est pas un long fleuve tranquille
→  OUTIL   L’organisation d’abord
→  EXPRESS  Point concours et Mistral dans l’ESR
 ÇA VOUS A FAIT RÉAGIR  La reproductibilité en astro par Laurent Pagani
→  EXPRESS Votre revue de presse
→  ET POUR FINIR Cheveux blancs

TEMPS DE LECTURE : 5 ou 10 MINUTES

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ANALYSE

La réplication est un sport de combat

Et si tout un champ de recherche était parti dans la mauvaise direction ? Nanoparticules, cancers, vie extraterrestre, répliquer des expériences pour trancher des controverses a tout d’un parcours du combattant.

     ↳ « Dans un contexte où publier beaucoup et vite est devenu une norme, la question de la réplication est malheureusement négligée par beaucoup d’équipes de recherche ». Ce constat, c’est Cécilia Ménard-Moyon, directrice de recherche au CNRS spécialisée dans les nanoparticules, qui le dresse. Une question à laquelle elle est d’autant plus sensible que dans sa discipline l’enjeu est crucial (…)

OUTIL

L’organisation d’abord

Sans laisser de trace. Besoin d’organiser vos tâches pour les prochaines semaines ou mois ? Reliable propose un système de planification spécialement conçu pour le travail académique et développé par un chercheur en philosophie politique : Marcus Carlsen Häggrot. L’outil permet d’organiser vos tâches grâce à une carte visuelle et un tableau chronologique épuré, sans un tas de fonctionnalités souvent inutiles pour un travail individuel ou en petits groupes. De plus, il est gratuit et aucune de vos données n’est conservée : vous ne créez même pas de compte mais sauvegardez votre travail en téléchargeant un fichier – en JSON pour les connaisseurs – que vous devrez recharger à chaque utilisation.

EXPRESS

Pendant ce temps dans les labos

● Point concours. Le dépôt des candidatures aux postes de maîtres de conférences de la campagne dite synchronisée ouvrira du 3 mars au 3 avril sur Odyssée – relire notre analyse sur la nouvelle plateforme. Les fiches de postes seront a priori publiées le jour de l’ouverture. Vous pouvez d’ici là commencer à préparer vos dossiers et relire notre série de papiers sur le sujet.

● Toujours gagnant. L’Agence de mutualisation des universités et des établissements (Amue) annonce le lancement d’une expérimentation nommée Mistral ESR, proposant aux établissements deux outils d’IA souveraines. En premier lieu un modèle de Mistral via une interface de programmation (API) – dans la lignée de ce que propose l’Université de Rennes, relire notre analyse. En second lieu, prévu pour fin mars, le Chat de Mistral ; un peu comme au CNRS – nous vous en parlions – à ceci près qu’il sera déployé par le centre de calcul CINES à Montpellier. Plus de 80 établissements ont réservé leur accès pour le premier, mais en moyenne pour un petit nombre d’utilisateurs. Un test qui traduit « une attente forte » selon l’Amue qui se félicite du succès de l’opération.

● Officiel. Ce lundi 23 février la fédération Ingénieurs et scientifiques de France rendait un rapport au Sénat : 58 propositions issues d’une convention de 50 docteurs et doctorants pour une meilleure diffusion des connaissances scientifiques et un fonctionnement de la recherche en adéquation avec celle-ci. Au programme : science ouverte, stabilité des carrières ou financements sur le temps long… Des propositions qu’il reste à implémenter, ce qui ne sera pas une mince affaire. Soutenant l’initiative, la sénatrice Vanina Paoli-Gagin a en effet émis des réserves : « La solution ne passe pas que par le législatif. »

● Kom interne. Après les États-Unis – relire notre analyse – la Chine se lancerait-elle dans le plafonnement des frais de publication (APC) ? À partir de mars 2026, les chercheurs de la Chinese Academy of Sciences (dont notre plus proche équivalent en France serait le CNRS) se verraient interdit de payer sur des financements du gouvernement des APC élevés, notamment pour publier dans les coûteuses revues Nature communications et Science Advances. L’information circule sur les réseaux sociaux sans qu’il n’y ait pour l’instant d’annonce officielle, mais Science en parle également. Une véritable « révolte contre le capitalisme académique » ? Nous vous parlions de la stratégie chinoise pas plus tard que la semaine dernière.

● Mais aussi…  Vous connaissez des réalisateurs ou vous avez vous-même produit un documentaire scientifique ? Le festival Pariscience vient d’ouvrir son appel à film ●

ÇA VOUS A FAIT RÉAGIR

« À propos de la reproductibilité, même en astrophysique ça nous touche, malgré le côté ”science exacte”. Je modélise des nuages interstellaires et il arrive que quand je reviens dessus certaines modélisations ne marchent plus. Parfois on arrive à trouver la cause, parfois non. (…) Ça m’a rappelé le temps où j’étais élève-ingénieur : durant un stage l’encadrant nous avait donné un article décrivant une expérience en nous demandant de la reproduire. Mais l’article était trop incomplet pour qu’on puisse y arriver et l’encadrant était fâché… Enfin, à propos de Python, la reproductibilité est parfois très difficile à obtenir : un logiciel réalisé il y a trois ans ne marche plus s’il n’a pas été maintenu (…) Je n’ai jamais vu un langage où la rétrocompatibilité était si peu assurée. En comparaison, un programme fortran écrit en 1960 est toujours compilable et exécutable aujourd’hui ! »

Laurent Pagani | Directeur de recherche (CNRS) à l’Observatoire de Paris réagissait à notre interview de Sarah Cohen-Boulakia

EXPRESS

Votre revue de presse

→ Piège de cristal. L’évaluation des chercheurs expliquée aux non-initiés, voici le sujet de cette chronique dans Pour la science ↯ par le professeur en informatique émérite Jean-Paul Delahaye. Au programme : le h-index, ses limites et les fraudes que la pression à la publication génère.

→ Dépollution. Après avoir identifié plus d’un million de publications citant des articles frauduleux, Guillaume Cabanac s’est lancé dans une mission de décontamination de la littérature scientifique – nous dressions son portrait. Malheureusement, les auteurs voient généralement d’un mauvais œil la rétractation de leur papier, regrette-t-il dans les colonnes de Times Higher Education.

→ Chaises musicales. Les universités s’arrachent-elles les lauréats de prestigieux projets ERC ? Mobilité, recrutement de jeunes chercheurs, condition de portabilité des financements… Les Échos ont enquêté sur le « mercato » des chercheurs en Europe ↯.

→ Miroir. Une initiative de réplication en nanoscience vient d’être lancée par un chercheur français nommé Raphaël Lévy. C’est le sujet de notre analyse de la semaine mais Nature en parle également ↯ (si vous voulez comparer).

→ Paywall. Un ChatGPT mais avec des sources vérifiées ? Elsevier lance LeapSpace, qui base ses réponses sur l’analyse de publications en accès fermé suite à un accord avec quatre autres maisons d’édition. Voilà qui relance le débat de l’accès aux publications, analyse Science, alors que d’autres IA se basent sur la littérature en accès ouvert comme Asta que nous vous présentions en outil

→ Boule de cristal. Peut-on prédire à l’avance si un projet de recherche aura un fort impact ? Chemical & engineering news dresse un panorama des études et indicateurs développés à cet escient, sans qu’un consensus n’émerge sur leur pertinence. Sur ce sujet, nous avions interrogé la philosophe des sciences Stéphanie Ruphy.

→ Survivante. Voilà déjà malheureusement quatre ans qu’a débuté l’invasion russe en Ukraine. Ouest France est allé interviewer Liubov Marchuk ↯, chercheuse postdoctorante à Bretagne INP, qui reste « profondément liée à son pays en guerre ».

↯ : liens menant à des articles protégés par un paywall

CHEVEUX BLANCS

Et pour finir…

En recherche, tout prend du temps et parfois ça se voit.