Les maths sont-elles sexistes ?

16.02.2024 • LA RECHERCHE ET SA PRATIQUE


C’est un beau roman…

En classe ! La trentaine, élancée, cheveux courts et bouclés, elle sentait le café et la cigarette qu’elle devait consommer en quantité non négligeable. Jeanne Coquin était ma prof de physique-chimie en Terminale.

Derrière la paillasse. J’aimais chez elle sa vivacité d’esprit, ses explications ponctuées de blagues, sa volonté de transmettre et son honnêteté intellectuelle. Est-ce grâce à elle que je suis devenue physicienne ? En grande partie.

Saint-Valentin. Pourquoi je repense à elle presque vingt ans plus tard ? Cette semaine, nous évoquons la place des femmes en sciences, tout particulièrement en mathématiques. Pour qu’une belle histoire d’amour commence, les sentiments se doivent d’être réciproques.

À très vite, 
— Lucile de TheMetaNews

PS Notre campagne « Demain, ouvrir TMN » bat son plein. Toutes les infos.

Sommaire

→  ANALYSE  Femmes et maths : vers un amour réciproque ?
→  OUTIL  Un moteur de recherche cocorico
→  CHIFFRE  Le prix des citations
→  EXPRESS  Votre revue de presse
→  ET POUR FINIR Amour périodique

TEMPS DE LECTURE : 5 ou 10 MINUTES

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ANALYSE

Femmes et maths : vers un amour réciproque ?

En mathématiques encore plus qu’ailleurs, les femmes se heurtent toujours à la violence — symbolique ou bien réelle — du système.

Image extraite du Théorème de Marguerite – relire l’interview de la réalisatrice Anna Novion.

    ↳ Depuis vingt ans, c’est l’encéphalogramme plat : la proportion de femmes parmi les matheux stagne autour de 20% depuis 1996. Comment attirer plus de femmes ? La question tourne en boucle à chaque événement ou table ronde sur le sujet, sans qu’aucune action n’arrive à changer la donne. La sortie de l’ouvrage Matheuses (Éditions CNRS) réalisée à six mains par une sociologue, une médiatrice scientifique et une mathématicienne apporte des réponses nouvelles. (…)

OUTIL

Votre moteur de recherche 100% français

Elle a les yeux bleus. Vous cherchez une alternative à Google Scholar et sa hiérarchisation opaque ? S’inscrivant dans la mouvance science ouverte, le moteur de recherche Matilda se veut transparent, reposant sur le traitement égal de tous les textes scientifiques et de leurs auteurs. Développé par une équipe française coordonnée par le sociologue Didier Torny et réalisé par Huma-num, Matilda s’appuie sur les bases de données et archives ouvertes telles que Crossref, Pubmed Central, arXiv, RePec, Unpaywall et Orcid pour proposer 130 millions de références (pas nécessairement en open access) dans toutes les disciplines, selon le site des Outils Tice. De la place donc pour des contenus exclus par Web of Science ou Scopus. Souvenez-vous, on abordait le problème en parlant de la publication en français ou en anglais.

EXPRESS

Pendant ce temps dans les labos

● Université, je t’aime. On reste dans le thème de la Saint-Valentin avec la sortie d’un dictionnaire amoureux (et néanmoins critique) de l’université aux éditions de la Chopinière, dans la collection Savoir et s’émouvoir. De l’Adieu aux Zaffinités Zélectives, une trentaine d’enseignants chercheurs s’interrogent au sujet de leur métier et témoignent des émotions fortes qu’il leur fait éprouver.

● Feuilles volantes. Pourquoi si peu de financements pour l’ouverture des monographies ? L’enjeu est de taille, notamment en sciences humaines et sociales, sur fond de pression à l’open science (souvenez-vous de notre analyse à ce sujet). Le projet européen PALOMERA tente de régler le problème, avec en son sein Open Book Publishers, une maison d’édition britannique à but non lucratif. Lucy Barnes en explique le principe sur ce blog Hypotheses dédié.

● Argent facile. Illustration immédiate avec l’ouvrage open intitulé The Predatory Paradox. Ethics, Politics, and Practices in Contemporary Scholarly Publishing. À destination des chercheurs et administrateurs de la recherche, il retrace l’apparition du terme de revue prédatrice en 2008 avec la liste de Beall jusqu’au récent cas d’école Omics – souvenez-vous de notre article.

 Mais aussi…  Le réseau social Bluesky est maintenant ouvert sans besoin de code d’invitation. Rejoignez-nous ! ● Parfois, les éditeurs écoutent les lanceurs d’alerte : la revue Health Care for Women International a rétracté la publication et même donné la parole à celle qui a découvert la fraude par hasard ● Attention, les grosses maisons d’éditions récupèrent vos données pour des usages marketing, décrypte le consortium Couperin (ça vous intéresse ? on vous en reparle bientôt) ● L’IRD est le dernier des organismes de recherche à ouvrir son concours de chargé de recherche (25 postes) : vous pouvez déposer votre candidature jusqu’au 14 mars.

CHIFFRE

50

Des chercheurs ont acheté 50 citations pour 300 dollars et le révèlent dans ce preprint déposé sur arXiv. Le but ? Dénoncer la pratique en boostant un faux profil Google Scholar. Alors que le h-index fourni par l’outil est largement utilisé par les scientifiques pour l’évaluation de leurs pairs, les auteurs ont identifié des comportements suspects parmi 1,6 millions de profils : des pics très brutaux dans le nombre de citation ou des informations variables d’une base à l’autre – c’est aussi ce qu’avaient remarqué Lonni Besançon et ses collègues. Une trentaine de jours plus tard, les auteurs du preprint ont pu commencer à identifier les papiers qui contenaient les citations achetées. À lire aussi dans Science.

EXPRESS

Votre revue de presse

→ Fracture. Alors que le Parlement européen planche sur le dossier des “nouveaux OGM”, le CNRS – expliquant ici sa position – a encouragé ses chercheurs à relayer une campagne d’influence en leur faveur ↯, révèle le Monde. Question de recherche ou de société ? Solution technique ou systémique ? Reporterre souligne le clivage entre biologistes et écologues, les derniers déplorant un manque de soutien.

→ Un jour par an. Comme tous les 11 février depuis bientôt dix ans a eu lieu dimanche la Journée internationale des femmes et des filles de science. Pour l’occasion, France Inter a invité la biologiste Aude Bernheim et Alexandra Palt, directrice générale de la Fondation L’Oréal. Autocensure – lire notre analyse à ce sujet – et manque de volonté politique au programme. Dans la Voix du Nord, la virologue Sandrine Belouzard témoigne qu’être femme et scientifique, c’est pourtant possible ! ↯

→ Mea culpa. La Chine exige de ses universités un inventaire des publications rétractées – plus de 17 000 depuis 2021 selon Nature. À cette occasion, chaque auteur concerné devra se justifier : s’agit-il d’une erreur de bonne foi ou d’une manipulation ? Avec des sanctions à la clé, menace le ministère chinois. En 2021, celui-ci avait publié la liste des chercheurs punis.

→ Gump, Forrest. Démissions à la tête des plus grosses universités sur fond de conflit israélo-palestinien, arrêt des cours de sociologie en Floride ou des programmes diversité au Texas… Un vent conservateur souffle aux États-Unis et certains chercheurs commencent à fuir, rapporte Nature. D’autres, comme la physicienne Jenny Hoffman, décident de prendre un congé sabbatique pour courir d’un océan à l’autre, battant au passage un record.

→ Science wins. Diffamer un scientifique ne restera pas impuni. Le chercheur en sciences du climat Michael Mann a gagné son procès contre les deux climato-dénialistes (oui oui c’est vraiment le meilleur terme à utiliser) qui l’avaient accusé de publier de fausses données, rappelle Libération. Une affaire vieille de douze ans et pour laquelle l’auteur conservateur Mark Steyn doit payer un million de dollars, rapporte Science.

→ Retour à la consigne. « Un scientifique utilise vingt fois plus de plastique qu’un citoyen lambda », titre Sciences et Avenir. En effet, très loin du zéro déchet, les labos jettent à la pelle pipettes et autres plastiques à usage unique. Une situation que cherche à faire évoluer Juliette Rosebery ↯ à la tête de l’unité Inrae Écosystèmes aquatiques et changements globaux.

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AMOUR PÉRIODIQUE

Et pour finir…

Excusez-vous d’avance pour le cliché mais on voulait vraiment trouver quelque chose en lien avec la Saint-Valentin